Indonesie

INDONÉSIE

Population : 210 millions d’habitants.
Superficie :
1 913 000 km2.
Nombre d'Îles :
13 677 îles dont 6 000 inhabitées.
Religion officielle :
l’Islam.
Capitale :
Jakarta (+ de 9 millions d’habitants, et 12 millions le grand Jakarta).
Langues :
le bahasa indonesia (langue officielle), 200 dialectes et langues ethniques et l’anglais.
Monnaie :
la roupie indonésienne.
Régime :
République dotée d’un régime présidentiel.
Présidente :
Megawati Sukarnoputri.
Groupes ethniques :
environ 300 ethnies différentes.

Dimanche 2 mars 2003 : LEGIAN (Île de BALI) - Indonésie

De grand matin, je me renseigne à l’hôtel sur les horaires d’avion pour l’île de Sulawesi, Ujung Padang. Il paraît que l’aéroport est fermé, ce qui me surprend beaucoup ??? J’en profite pour m’occuper un peu de moi avant de prendre la direction de la plage. Je fais une halte dans un salon de beauté (très local et très typique, rien à voir avec nos salons) qui fait également salon de coiffure. Je demande une coupe carrée et une épilation.

La patronne commence par la coupe. Elle humidifie simplement les cheveux avant d’enfoncer un peigne crasseux où il manque la moitié des dents dans ma chevelure pour les coiffer. Ensuite, à l’aide d’un ciseau, elle va couper, tailler, effiler avec beaucoup de patience et de précision : le résultat correspond à mes attentes. Par contre, si j’ai la "gratouille" d’ici quelques jours, je saurai d’où ça vient. Opération numéro deux : l’épilation. Je passe derrière une cloison faite avec un assemblage de portes recouvertes par des photos de mode des années 80. Une heure de patience pour arriver à bout de mes petits poils superflus.


La plage de Legian

Je prends la direction de la plage. Il me faudra un bon quart d’heure pour faire cinq cents mètres de rue car, je suis sollicitée, accostée, accrochée par les vendeurs et rabatteurs. Je dois vraiment avoir la "tronche" d’une touriste. Enfin allongée sur mon paréo, j'assiste au grand ballet incessant des vendeurs de tout (montres, chouchous, coca, surf, journaux, sculptures, sarongs…) et à l’inévitable massage.

Je remarque une chaise longue où je m’installe. Une minute plus tard, une jeune femme coiffée d’un chapeau conique s’approche pour me masser. Après négo, j’accepte pour 20.000 roupies (2,5 euros). C’est un grand moment de détente. Allongée sur mon matelas, elle va me masser, me triturer avec de l’huile de coco durant plus d’une heure. Toutes les parties de mon corps vont y passer (enfin, presque !), des doigts de pieds au sommet de mon cuir chevelu… Alors que je suis là, languissante, la cousine, coiffée également d’un chapeau conique, arrive pour me faire les ongles des mains et des pieds (ce n'est pas le pied, ça ?)

Il est 17:00 lorsque je retourne à l’hôtel, je traverse la rue principale bordée de boutiques artisanales où de nombreux bars et restaurants s’animent à la tombée de la nuit. Il y a d’ailleurs deux fois plus de vendeurs, restaurateurs que de touristes… Ce soir, je dîne à l’hôtel avec un repas bien de chez nous : salade du chef et spaghettis avant de faire une petite séance d’internet de 3 heures. Il est 22:00 lorsque j’éteins l’écran. Au moment de payer, j’ai quelques surprises…


Dans le jardin, Pura Jagatnata

Lundi 3 mars 2003 : LEGIAN (Île de BALI) - Indonésie

80 % d’humidité dans l’air, la nuit a été difficile. Dans la douche, j’ai croisé une espèce de cafard de 4 centimètres de long…. Je rassemble mes affaires avant le petit-déjeuner en prévision d’un départ éventuel. Je me dirige vers l’accueil afin de réserver un prochain vol pour l’île de Sulawesi et rejoindre Bira.

Une femme indo forte et très typée prend les choses en main et m’annonce un tarif un peu excessif, je tente de négocier, en vain. Elle me demande le règlement immédiat. Je ne suis pas très motivée par sa proposition, je lui explique qu’il faut que j’aille faire un retrait dans une banque. Je sors de l’hôtel à la recherche d’un "monnaie changer". Sur mon passage, je croise plusieurs cybercafés qui annoncent leur tarif, rien avoir avec ce que j’ai payé la veille à l’hôtel (trois fois trop cher !!!). Je me rends compte que je me suis fait tout simplement arnaquer, je décide de filer directement à l’aéroport pour réserver mon billet d’avion, quitte à payer un taxi. Effectivement, même en payant un taxi aller et retour, j’économise 60 000 roupies sur mon billet d’avion.

De retour à l’hôtel, je retourne voir cette charmante dame, qui, à l’annonce de la nouvelle, se met à vociférer en me menaçant de me trancher le cou joignant le geste à la parole. Je n’hésite plus, je change d’hôtel. Je règle mes deux nuitées et reçois au passage les excuses de la direction qui se trouve fort confuse de mon mécontentement.


Déesse de la fécondité

Je m'installe un peu plus haut dans la rue, dans une guesthouse entourée de verdure. Ma chambre donne sur un petit jardin ouvrant sur une terrasse avec, au centre, sous une tonnelle, un grand lit à baldaquin. Je ne partirai que demain matin pour Ujung Pandang (capitale de l’Île Sulawesi). J’ai une journée complète pour visiter les environs de Legian.

Après négociation de quatre heures de balade en moto-taxi, je monte à califourchon derrière le motard avec, sur la tête, un casque qui me tombe sur les yeux à chaque coup de frein. Nous longeons la longue plage de Legian avant de traverser le village de Kuta (le St Tropez de Bali) où se concentre la majorité des hôtels et guesthouses. Nous nous glissons dans le labyrinthe des ruelles, mon chauffeur fait une halte sur le lieu où la discothèque a explosé, il y a un an... Après s'être arrêté devant une pagode chinoise, entourée d’un mur couvert de statuettes "peinturlurées" et masquées, nous rejoignons la presqu’île de Bukit, traversons des paysages arides avant d'arriver au charmant village de pêcheurs, Jumbaran. Une immense plage de sable blond en anse de panier où se lovent cocotiers et palmiers : un vrai petit paradis.


Départ pour la pêche, Jumbaran

Nous poursuivons jusqu'à Uluwatu (la pointe sud de Bali). Au sommet de la falaise, il y a un temple dédié au Dieu de la mer. Rien de folichon en ce qui concerne le temple, mais il est considéré comme l'un des plus importants de l'île avec Tenah Lot. Ici, la vue est simplement démente… C’est également la résidence principale de dizaines de singes pickpockets. Alors que je grimpe le long de la crête pour bénéficier de la vue extraordinaire surplombant l'océan et les gros rouleaux, un singe saute, en douce, sur mon sac à dos et essaie de me voler mon étui à lunettes rangé dans la poche de côté.

Nous prenons ensuite la direction de Denpasar (capitale de Bali). C'est une grosse ville provinciale d'environ 300 000 habitants, plutôt bruyante où la circulation est intense. Nous longeons la place du marché pour rejoindre Bali Muséum. Il est tard,17:00, le musée est déjà fermé, mais la Pura Jagatnata (le temple d'à côté) est encore ouvert. À peine descendue de moto que je suis agrippée par plusieurs rabatteurs qui veulent de me faire visiter le site. Je les envoie promener gentiment, ils insistent et me suivent dans les allées envahies par la mousse et le lichen, et bordées de statues de démons. Je poursuis ma balade dans le parc. Pas de femmes, que des hommes assis à même le sol, sur la pelouse, dans les allées, sur le bitume, ils jouent aux échecs, aux dominos ou aux cartes. Je deviens immédiatement l'attraction, les rabatteurs ne me lâchent pas les baskets. Je ne me sens pas tout à fait en sécurité. Lorsque je retrouve mon chauffeur, je suis plutôt soulagée…


Presqu’Île de Bukit, Ulawatu

Mardi 4 mars 2003 : UJUNG PANDANG - BIRA (Île de Sulawesi) - Indonésie

6:30, un petit-déjeuner m’attend sur la petite terrasse devant ma chambre (croque-monsieur à la pomme et du thé). 7:15, le propriétaire de l’hôtel vient me chercher pour m’amener à l’aéroport, j’en profite pour négocier le gardiennage d’un de mes sacs encombrants. 8:00, je suis à la porte d’embarquement pour un vol domestique destination Ujung Pandang. Nous décollons à 9:00 pour atterrir à Ujung Pandang à 10:45 (pas de décalage horaire). Dans l’avion, je suis la seule Européenne.

Dès ma descente d’avion, je suis immédiatement repérée… Un jeune homme se dirige vers moi, et à ma grande surprise, me demande si je suis française ??? Il m’explique, que la veille, deux français ayant atterris sur ce même aéroport étaient à ma recherche, mais ils sont déjà repartis pour Bira. Il me conseille de prendre un taxi pour Bira à 300 000 roupies, je refuse car je sais que la course en général, avec le bus public, coûte 25 000 roupies. La différence est trop importante. Après discussion, vu la distance entre l’aéroport et le terminal des bus, nous tombons d’accord pour que je prenne un taxi jusqu’à l’arrêt de bus pour 70 000 roupies.

Tout le long du trajet, le chauffeur de taxi va me baratiner pour m’emmener jusqu’à Bira pour 300 000 roupies. Je ne suis pas d'accord ; arrivés devant une gare (???) routière, il arrête la voiture devant un de ses amis. Celui-ci m'invite à monter dans sa voiture, m’affirmant qu’il part pour Bira dans une heure avec d’autres personnes, et que la course me coûtera uniquement 25 000 roupies. À peine ai-je eu le temps de dire oui, que mon sac est déjà chargé dans le coffre du 4X4. Il me fait signe de monter à bord du véhicule. Le chauffeur prend place au volant et nous commençons à tourner en rond dans la gare.


Rizières Bali

La tête hors de la voiture, le chauffeur crie à tue-tête pour alpaguer d’éventuel voyageur partant pour Bira. Il joue les Ronaldo (joueur de foot Brésilien). Effectivement, il y a une petite ressemblance, mais je ne sais pas si Ronaldo a une si grande gueule !!! Nous continuons à tourner en rond ; une heure vient de passer et rien de nouveau, bientôt deux heures… Ronaldo est toujours en train de brailler à côté de moi. Il fait chaud dans la voiture et je commence à en avoir marre. Autour de moi, les indos sont plutôt hilares et je commence sérieusement à m’impatienter. Je lui montre l’heure à ma montre, il me répond : "Dans une heure, c'est OK".

En colère, je saute de la voiture et me précipite vers le coffre pour récupérer mon sac. Autour de moi, que des indos, pas d’Européen, je file en direction du poste de police (ou du moins à ce qui ressemble à un poste de police). Je tente d’expliquer que je veux simplement prendre un bus public pour Bira. Il m’annonce que le prochain partira théoriquement à 14:00. Je prends mon mal en patience et m’installe à proximité d’une cantine-épicerie-arrêt de bus pour attendre encore deux petites heures… Je suis l’attraction de la "gare". Un chauffeur de taxi s’approche de moi et me propose ses services. Comme je suis très agacée, je refuse toute proposition, décidée à ne prendre que mon bus… Au bout d’une petite heure, on me fait signe que le chauffeur de bus vient d’arriver, je patiente toujours, il est bientôt 15 heures et rien ne se passe…, j’attends toujours.


Taxi-Calèche

Un peu plus loin, un jeune garçon d’une dizaine d’années traverse la rue en sautant à "cloche pied". C’est le fils de la cantine-épicerie-arrêt de bus. Je lui demande de me montrer son pied. La plante du pied est entaillée sur au moins 15 centimètres de long. La blessure est profonde et purulente. Je l’oblige à s’asseoir et lui explique que je vais essayer de le soigner. Il me sourit mais part vite se réfugier entre ses deux parents. Je m’adresse alors aux parents en leur montrant les pansements. Ceux-ci se tournent vers leur progéniture en l’encourageant à se rapprocher de moi.

Tant bien que mal j’essaie de nettoyer et désinfecter la plaie qui est gorgée de pue avant de lui faire un gros pansement. Autour de moi, une vingtaine de locaux m’observent en silence, chuchotent entre eux, étonnés et fascinés par mes gestes. À peine ai-je fini le pansement et rangé mes affaires, que tout le monde se met à parler et à rire. Les parents s’approchent de moi et me remercient chaleureusement, le petit garçon m’adresse un beau sourire de reconnaissance.

J’essaie de leur expliquer qu’il faut absolument qu’il mette au moins une chaussette, faute de chaussures, pour isoler le pied de la poussière et qu’il doit impérativement aller voir un médecin, sinon, on va être obligé de lui couper le pied. Mais je devine qu’il n’ira pas chez le médecin et qu’il aura certainement le pied coupé dans très peu de temps… car ici, il n'y a pas d’argent pour acheter des chaussures pour les enfants et le médecin, ce n'est pas pour eux, c’est trop cher… La maman m'apporte un thé alors que le petit garçon, assis près de moi, ne me quitte pas des yeux…. Je n’oublierai pas ton regard…

De nouveau, je m’assieds à l'arrêt de bus attendant le fameux bus qui n’arrive toujours pas. Il est déjà 17:00, autour du moi, la vie a repris son cour, je ne suis plus le centre d’attraction que l’on taquinait encore, il y a une heure. Je suis un peu des leurs, de leur famille, on me sourit simplement, gentiment. Je commence à me sentir plus à l’aise, plus détendue, mais j’aimerais bien arriver à Bira...


Centre médical de Bira

Il est 18 heures, lorsqu’un jeune homme s’approche de moi et me propose de m'emmener moyennant 100 000 roupies. En désespoir de cause, j’accepte sa proposition. Nous prenons la route, nous sommes trois dans le 4x4, compris le chauffeur, j'ai toute la place à l’arrière pour moi. Mais mon chauffeur lui, doit certainement s’appeler "Fangio".

Un fou ! Une vraie conduite de rallye. Je comprends maintenant, pourquoi il me parlait de taxi-speed. Le pied à fond sur l’accélérateur, nous nous faufilons sur la route unique et sinueuse, doublant à droite, puis à gauche, freinant à la dernière minute, roulant allègrement de l'autre côté de la ligne continue, passant feux rouges, stop sans hésitation (ici, c'est le premier qui arrive qui passe !!!). J’ai les ongles enfoncés dans les sièges, prête à me coucher en cas de choc.

À 19:30, nous faisons une halte dans un resto de locaux, il en profite pour me faire payer son repas (je ne m’en aperçois qu’après coup). Nous reprenons notre course effrénée à travers la campagne. Nous traversons des villages à vive allure, sans ralentir, mais la population a l’habitude, nous passons à ras de leurs pieds sans qu’ils ne bronchent. Moi, je suis verte, j’ai le cœur dans les chaussettes, je m’attends au pire…

22:00 nous arrivons sur le port de Bira. Le Joung-Joung est amarré au centre du port. Sur le pont, je devine du monde à bord. Je reviendrai demain matin. Mon chauffeur me propose de dormir chez lui ou d’aller dans une petite maison Bugis en bambou et paille de riz pour la nuit. Je choisis la deuxième solution.


Maisons Bugis

Mercredi 5 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

7:30, le propriétaire du bungalow me dépose avec sa moto sur le quai. Trois beaux voiliers sont arrimés au milieu du port. Sur le pont du Joung-Joung, l’équipe avec qui je devrai naviguer prochainement. Après avoir agité les bras et pousser des cris pour signaler ma présence, une pirogue finit par se détacher du bateau. Un homme blond à bord, c’est Jérôme (37 ans), un voisin d’Alain, qui vient me chercher pour me ramener sur le Joung-Joung. Sur le pont, je fais la connaissance avec Mathieu (29 ans), Nico (28 ans), Damien (24 ans), Maurice (62 ans) et je retrouve Philippe (37 ans) que j'ai rencontré à Lyon avant mon départ. Jérôme et Maurice (le fils et le père) ont chacun leur bateau, ils sont là en tant que voisins et amis d’Alain qui a besoin d'un coup de main pour avancer dans les travaux d’aménagement du bateau.

Mon arrivée matinale en a fait sortir certains de leurs lits, ils en portent encore les marques des draps sur les joues. Maurice, lui est parfaitement réveillé, il engage la conversation. Il m’explique qu’Alain est à Ujung Pandang pour des achats de matériel, qu’il y a encore beaucoup de choses à faire avant de naviguer et qu’il faut que je fasse ma place sur le bateau.


Port de Bira

C’est le cas de le dire car le bateau (excusez-moi pour le terme), c'est le vrai "bordel", une chatte n'y trouverait pas ses petits. Puisque je dois prendre une cabine, je choisis celle en face d’Alain, très spacieuse mais complètement envahie par des sacs, des vêtements, des matelas (pourris), des chaussures etc… J’opère en faisant le vide dans la cabine avant de tout ranger, il me faudra bien deux heures avant de pouvoir enfin m’installer. Je lave les tasses de café que nous avons utilisées à mon arrivée mais je suis assez déboussolée à la vue de la montagne de vaisselles qui jonche au milieu des outils, des bouteilles vides, des caisses… À bord il y a également deux ouvriers indonésiens qui s’activent à la scie et au burin sur la fabrication de coffre en bois laissant autour d’eux des monticules de sciures… Je me demande vraiment par quel bout je dois m’y prendre pour aider ???

L’équipe du Joung-Joung (Mathieu, Nico, Damien et Philippe) me propose de partir avec eux faire des courses avant d’aller déjeuner et de faire un tour à la plage. Nous montons tous les cinq dans la pirogue pour rejoindre les quelques maisons en bois que forment le village. Je découvre enfin le port puis le village de Bira avec sa longue bourgade de pêcheurs.

Nous faisons nos courses dans une petite épicerie de 4 m2, mes compagnons sont très à l’aise avec la langue indonésienne. Ils communiquent sans difficulté avec les locaux avec qui, ils plaisantent allègrement. Nous déjeunons dans une petite gargote en bordure de plage. Au menu : riz, légumes et un tiers de maquereau grillé (cela ressemble).

Je découvre la plage bordée de cocotiers avec des maisons de pêcheurs sous les arbres et de beaux bateaux Bugis en cours de construction. La température de l’air est de 35 degrés au moins, la température de l’eau 27 degrés environ, un vrai délice…


Maison de pêcheurs itinérants

Jeudi 6 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

Je viens de passer ma première nuit à bord du bateau. Difficile de dormir, le matelas est recouvert de plastique, il fait très chaud. J’ai réussi enfin à trouver le sommeil, à la fraîcheur du petit matin lorsque je me suis installée sur le pont. L’intimité à bord du bateau ? C’est simple, il n’y en a pas. La douche ? Sur le pont, il y un tonneau rempli d’eau de pluie dont on s’asperge à l’aide d’une casserole. Les W-C ? Au fond du bateau, il y a un siège avec un trou, d’où l’on peut bénéficier d’une superbe vue panoramique à 270°… Les voisins peuvent également bénéficier d’une vue très intéressante.

Pas de nouvelles d’Alain, je sens qu’il y a malaise à bord, Nicolas et Mathieu ne sont pas très motivés pour avancer, ils en ont "marre" de ne pouvoir encore naviguer. Personnellement, je suis également déçue, je pensais qu’ils en étaient au stade des finitions. Ce sont bien des finitions, mais je vois difficilement comment on peut naviguer avec tout ce chargement à bord. On ne sait même pas où mettre les pieds.

Je m’attaque à la vaisselle avant de visiter les environs. Dans un bateau, nous sommes tous dépendants les uns des autres. Pour rejoindre la jetée, il n'y a qu’une pirogue, il faut donc s’arranger avec son voisin lorsque l’on veut quitter le navire.


Plage de Bira

Une fois à quai, je pars à la découverte de Bira et de ses habitants. Situé à l’extrémité sud-est de la pointe méridionale de l’île de Sulawesi, au sud de Kajang, le village de Bira est une charmante bourgade d’une centaine d'habitants. On n’y trouve ni losmen, ni restaurant, mais des habitants qui se lovent à l’ombre des cocotiers en attendant que la fraîcheur revienne. Personne ne semble très stressé. Au fur et à mesure que je m’enfonce dans le village, je suis accostée par des jeunes filles et des femmes qui me posent beaucoup de questions auxquelles je suis incapable de répondre. Partout je suis saluée avec le sourire et d’un "Salamat ….!" (Bonjour !). J’y réponds en bafouillant un vague mot ressemblant et essaie de me présenter dans le style : moi (en me montrant du doigt) Marie-Hélène, toi ???. Je passe ainsi l’après-midi à me balader de maison en maison, laissant derrière moi des sourires et des rires taquins. Dans les warungs, terrains en terre volcanique parsemés de buissons, vagabondent des troupeaux de chèvres. Lorsque que je descends vers la plage Ouest, les cocotiers laissent la place au bar-karaoké (ici ce sont des bars à entraîneuses), au losmen et aux bungalows. C’est dans un de ces bungalows que j’ai dormi la première nuit de mon arrivée sur Bira. La plage est très belle ; trois ou quatre vastes maisons occupées par des européens surplombent la mer. Mais je préfère l’autre plage, celle près du port, plus sauvage, plus vraie…


Le long de la plage Bira

Vendredi 7 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

Alain est annoncé pour aujourd'hui. Je vais enfin savoir qui il est. Je ne le connais que via internet. Après m’être fait une opinion sur son personnage au fil de nos discussions, je suis pressée de savoir si j'ai vu juste ou non. Mathieu et Nicolas essaient d’avancer dans les travaux. Ils sont sur le bateau depuis déjà deux mois alors que Philippe et Damien sont arrivés juste deux jours avant moi. Nous nous lançons dans des rangements sans trop savoir si on fait bien ou mal, difficile, lorsque l’on ne connaît pas les attentes du chef.

12:00, nous partons tous les cinq, déjeuner dans une des gargotes du port. Au menu : riz, légumes et un tiers de maquereau grillé pour 2 500 roupies (vraiment pas cher, environ 4 francs). Alors que Mathieu, Nicolas, Damien et Philippe retournent au bateau, je reste une petite heure à lézarder sur la plage avant de les rejoindre.

Assise près de la jetée, je suis obligée de faire de grands signes avec les bras pour que l’on remarque ma présence et que l’on vienne me chercher avec la pirogue. À bord du bateau, l’atmosphère est lourde et pesante. Alain vient d’arriver, il est très en colère. Rien ne va sur le bateau, il râle après Nicolas et Mathieu. L’ambiance n’est pas terrible du tout, j’ai à peine salué Alain sans même lui parler. Toute petite dans mon coin, j’attends la suite des événements...

Le soir venu, nous nous retrouvons dans un resto qu’ils ont surnommés "Chez le PD" (je n’ai pas tenu les chandelles), la soirée s’est prolongée dans un bar-karaoké. Il est 22:00, lorsque nous reprenons notre pirogue pour rejoindre le bateau. (Au fait, j’ai oublié de vous dire, que la pirogue est percée. Tout en ramant, il faut vider l’eau qui l’a remplie, au risque de couler tout simplement.)


Marché de Bira

Samedi 8 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

Mutinerie à bord, Nicolas, Mathieu et... Damien (je ne vois pas pourquoi) ont décidé de quitter le navire pour aller sur un autre bateau. Ils sont pressés de naviguer et ils espèrent qu’avec Willis - un Anglais qui a un catamaran - ils pourront partir plus rapidement. Une bonne "engueulée" avant de se séparer, Alain semble très abattu et découragé. Construire un bateau de 20 mètres est un sacré défit.

Philippe et moi décidons de rester à bord quelques temps pour essayer de lui donner un coup de main en attendant de peut-être… naviguer. La vie sur un bateau en chantier est rudimentaire au possible. Philippe, Alain et moi-même nous nous organisons pour cette nouvelle vie en communauté. Philippe et moi dormons en général sur le pont. Nous sommes souvent réveillés par des ondées matinales qui font que nous réintégrons nos cabines respectives au levé du jour.

Alain correspond au personnage que je me suis imaginée : un homme de la terre sur un bateau. Courageux, volontaire, très dur avec lui-même et également avec les autres, mais droit et franc. Le contact passe bien.


Station service de Bira

Dimanche 9 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

Il est 7:00 lorsqu’Alain saute dans la pirogue pour récupérer les deux ouvriers qui attendent sur le quai. Très nonchalants de nature, les indos ont tendance à se sentir très facilement fatigués, pour un oui ou pour un non, ils trouvent très souvent une excuse pour ne pas venir travailler. Alain est obligé d’être toujours derrière eux s’il veut voir le travail avancé. Je me suis rendue compte de leur capacité à ne rien faire durant des heures et des heures, lors de mon arrivée à la gare de bémos d’Ujung Pandang, en attendant de trouver un moyen de locomotion pour rejoindre Bira. Et, dans le village, à l’intérieur des échoppes, les autochtones sont allongés, ils ne se lèvent uniquement si vous avez vraiment besoin de quelque chose, et le soir, ils dorment au même endroit, dans leur échoppe qui reste ouverte toute la nuit.

Ils travaillent encore de façon ancestrale, avec le burin, la masse en bois, le coupe-coupe… Les ouvriers fabriquent eux-mêmes les chevilles en bois qu’ils taillent avec précision et rapidité. Tout en bois tropical (du teck notamment) avec peu de métal, le Joung-Joung a beaucoup plus de panache et de classe que n’importe quel navire à coque métallique. Cela va faire deux ans qu’il est en construction et bientôt, il sera prêt pour naviguer.

Mes petites occupations matinales achevées (toilette, vaisselle, rangement et coups de pinceau), et ne me sentant plus d'une grande utilité à bord, je prends la direction de la plage pour flemmarder à proximité de l’ombre des cocotiers… (mais, pas sous les cocotiers, 5 kg qui tombe de 10 m de haut, ça fait mal).


Heure de la toilette

Lundi 10 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

Rien de nouveau, petits boulots de peinture, de rangement, de nettoyage en ce qui me concerne. Ensuite baignade, internet et première expérience de snorkelling où je découvre le monde coloré de la mer…


Cimetière de Bira

Mardi 11 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

La vie se poursuit sur le bateau, petit à petit, on commence à y voir plus clair. J’essaie d’avancer sur internet, mais ici la connexion est plutôt difficile et les locaux s’en "foutent" un peu (voir beaucoup). Je m’intègre de plus en plus dans la vie du village en apprenant quelques mots et en me faisant de petites copines…


Bateau Bugis

Mercredi 12 mars 2003 : BIRA (Île Sulawesi) - Indonésie

Un gros orage nous a réveillé, nous en profitons pour remplir le maximum de bidons d’eau de pluie qui nous serviront pour la cuisine, pour boire (en la filtrant), pour nous laver, faire la vaisselle et laver le linge… On en profite également pour prendre une bonne douche sur le pont… Demain, je quitte le bateau pour quelques jours, je pars à la découverte du pays Toraja.


Filets de pêche Bira

Jeudi 13 mars 2003 : BONE Watampone (Île Sulawesi) - Indonésie

Après avoir noté les quelques phrases qui me permettront de me débrouiller tout le long de ma route, ainsi que les consignes et conseils d’Alain, il est 10 heures lorsque Philippe me dépose en pirogue sur le quai. De bémo* en bémo, je pars rejoindre le pays Toraja, au cœur de l’île. Je me suis donnée huit jours pour faire une boucle et revenir sur Bira avec l’espoir de naviguer.

Premier bémo, à l’épicerie du village du port de Bira, pour Tana Beru. Je connais déjà cette destination pour avoir visité à plusieurs reprises le marché (coût du trajet : 2000 roupies). À Tana Beru, je prends un deuxième bémo pour Kajang. Je me retrouve coincée entre des musulmans affirmés et des poissons (coût du trajet : 5000 roupies). Troisième bémo pour Tonete (1000 roupies) où un policier joue le mec intelligent devant ses collègues en levant le pouce, et en disant, "good good" toutes les dix secondes. Le quatrième pour Sinjai (3000 roupies), nous sommes 18 dans le véhicule avec sacs de riz, paniers, poissons, poulets et mon sac à dos. Au cinquième, le chauffeur me propose de m’asseoir à côté de lui dans la cabine. Nous échangeons quelques mots d’indo, d’anglais et de français. Il est 17:00 lorsque nous arrivons à Bone / Watampone (10000 roupies) où il me dépose devant le losmen National.

Cette première partie du voyage s'est très bien passée malgré les changements climatiques : poussée de chaleur avec soleil ardent, puis ondée passagère avec trombes d’eau ; et ceci, en alternance, tout le long du voyage qui aura duré 7 heures quant même.


Chèvres en liberté, Bira

Arrivée au losmen National, je suis accueillie par un monsieur d’un certain âge qui me dirige immédiatement vers une chambre spacieuse et propre. Une fois rafraîchie, je pars à la découverte de la ville. Tout le long des rues, je suis accostée par des groupes de jeunes et moins jeunes. On m’invite à m’asseoir, on me demande : "What is your name ?" Apparemment, c'est la première question qu'ils ont apprise en anglais. Puis vient : "Where are you from ?" Après avoir donné mon prénom et précisez que je suis française. Ils me répondent : "Good Perancis !" (bien les Français), "Not good American". Autres questions : "De quelle religion êtes-vous ?" Question délicate. "Pourquoi êtes-vous en Indonésie ?" "Pour découvrir et comprendre le pays." "Êtes-vous une terroriste Française ?" . Question ironique, mais je me dis qu’il ne faut pas que je reste trop longtemps dans cette zone, on ne sait jamais, avec la guerre…

Je fais une halte dans un resto où je mange, enfin, une vrai cuisse de poulet, un œuf dur, du riz bien sûr et comme dessert une orange. En reprenant la direction de l'hôtel, je suis abordée par une jeune fille qui m'invite à prendre le thé chez elle. Je suis accueillie dans la salle à manger par toute la famille, le père, la mère, la sœur, le frère, le beau-frère, les cinq neveux. Tout le monde m'observe, chacun me posant une des questions énumérées ci-dessus, je bois mon thé doucement car il est brûlant puis je leur propose de les prendre en photos. Aussitôt, tout le monde se bouscule pour s'nstaller devant l'unique tableau qui décore la salle représentant une scène de la vie de tous les jours chez les musulmans. Je prends une première photo, puis la jeune fille insiste pour que son père nous prenne toutes les deux en photo car elle aimerait bien que je devienne son amie...
(*Bémo = petit utilitaire pouvant recevoir un maximum de 8 personnes.)


Enfant travaillant dans les rizières

Vendredi 14 mars 2003 : SENGKANG (Île de Sulawesi) - Indonésie

4:30 du matin, une prière s'élève dans la nuit, je suis tout près de la mosquée et je peux en profiter pleinement. Ici, à Bone, la population est à 99 % islamiste et nous avons droit à cinq prières par jour : à 4h30, 10h, 12h, 15h, 18h, et des mosquées, il y en a à tous les coins de rue.

Il est 7:30 lorsque je quitte le losmen National (une famille très sympathique d’ailleurs !) pour prendre des photos avant de repartir pour Senghang. Les rues commencent à s’animer et sur mon passage, certains m’interpellent, me sourient ou se retournent tout simplement. J’hésite à sortir mon appareil photo. Arrivée sur la place principale du village, devant une statue, je me décide à voler quelques images de la rue.

À la station de bémos, des mains attrapent mes sacs pour les mettre dans le coffre d’un véhicule en me disant : "Sengkang ?" Je monte dans le véhicule et commence à patienter. Un jeune homme vient me tenir "causette" alors que mon chauffeur quitte le véhicule (ils vont me faire le même coup qu’à Ujung Padang ?). Je sors du véhicule précipitamment et attrape mes sacs. Aussitôt, tout le monde s’affole en me priant de rester. Le chauffeur revient en courant, le bémo démarre enfin. Nous faisons un tour de ville avant de me déposer devant un autre bémo appartenant à un de ses collègues à qui il demande de m’emmener. Je quitte enfin Bone pour Sengkang, il est 9:00 du matin.


Sur le lac Tempe

Nous sommes une dizaine à bord du véhicule, neuf locaux et moi. On me sourit, on me propose des fruits qui me sont inconnus, mais délicieux en bouche. Le voyage se passe tranquillement, entrecoupé de grosses averses et d’un soleil radieux. Des paysages superbes défilent sous mes yeux (sans que je puisse prendre des photos)...

Il est 11:00 lorsque le bémo me dépose devant la guesthouse Pondok Eka, en plein centre ville de Sengkang. Comme d’habitude, à peine installée, je pars fureter en ville. Une halte déjeuner dans une cantine de rue où l’on déguste des beignets, des potages et une sorte de purée avec semble-t-il de la viande ??? Aussitôt assise sur un tabouret, et sans que l’on me demande mon avis, on m’apporte un bol de soupe (d’ailleurs excellente !). En face de moi, un jeune homme mangeant cette espèce de purée à la viande, engage la conversation en anglais. Il m’a vu tout à l’heure lorsque je sortais de la banque et il m’explique qu’il est très heureux de me parler. Il me donne toutes les indications sur les prix des repas, sur les sites à visiter… Avant de me quitter, il héle un tuc-tuc avec qui, il négocie à ma place, une course jusqu'à la rivière Tempe.


Abri - Lac Tempe

Le tuc-tuc me dépose devant l’embarcadère. Sur la berge, deux longues barques propulsées par des moteurs de hors-bord avec des hélices fixées au bout d’une tige de métal sont amarrées. Je monte dans l’une de ces barques trafiquées qui appartient à un gars du coin. Nous remontons la rivière, longeant les villages flottants. Au bout de quelques kilomètres, nous faisons une escale dans une maison sur pilotis, mais le ciel est très menaçant (et ici, ce n’est pas de la rigolade), je demande à mon pilote de stopper la balade et de me ramener à Senghang. A peine arrivée à quai, qu’une énorme averse équatoriale s’écroule sur nous, j’ai juste le temps de héler un tuc-tuc et de m’engouffrer sous sa bâche en nylon avant de me faire rincer. Malgré la pluie battante, mon chauffeur pédale sans broncher et à vive allure jusqu’à mon hôtel.

Le temps de prendre une douche et l’on frappe déjà à la porte de ma chambre. C'est Irwan, un guide attaché à la guesthouse, qui vient me proposer ses services pour demain : visite du lac Tempe, visite d’une fabrique de soie, balade sur la colline et profiter de la superbe vue sur le lac etc…

Ok pour demain. Comme il pleut, il s’installe dans un fauteuil pour discuter. Et durant deux bonnes heures, le temps que le soleil revienne, nous allons papoter en français, en anglais et en indonésien. Après avoir donné rendez-vous à Irwan, demain matin à 9 heures, il est l’heure de dîner (c’est-à-dire 18 heures), je descends dans la rue à la recherche d’une nouvelle cantine et manger un bon poisson-chat grillé.


Jeune pêcheur

Samedi 15 mars 2003 : SENGKANG (Île de Sulawesi) - Indonésie

8:15, on frappe. Sans attendre la réponse, la porte s’ouvre, Irwan rentre dans la chambre et s'installe royalement sur le lit jumeau alors que j'écris ces lignes. Je poursuis ma page d'écriture une demi-heure encore avant qu’il ne me fasse signe d’y aller. Je le suis jusqu'à la rivière où une longue barque nous attend. Sur les berges, c'est l'heure de la toilette et de la lessive. Nous poursuivons au-delà de la maison sur pilotis où j'avais fait escale la veille...

Ici, le mois de Mars, c'est le début de la saison sèche, petit à petit, le lac se retire… De nombreux oiseaux : des hérons, des aigrettes, des grues, des poules d’eau, évoluent sur les rives de la rivière et se font de plus en plus nombreux, au fur et à mesure que l’on rentre dans le lac. La barque contourne de petits barrages puis traverse des champs immenses de plantes aquatiques que des bambous en faisceau de trois empêchent de dériver. La barque s'arrête devant une cabane. À l'intérieur, trois pêcheurs préparent les nasses et les filets destinés à attraper les crevettes et les poissons. Nous traversons de petits hameaux flottants éparpillés où plusieurs familles habitent de façon très sommaire : une simple toiture posée sur un radeau de bambous. À plusieurs reprises, nous devons faire marche arrière : en face de nous, un barrage de bambous et de plantes aquatiques. Des myriades de papillons multicolores se chassent et se pavanent autour de moi… Trois heures de balade, trois heures d’exception et d’émerveillement qui resteront gravées.


Atelier de filature

De retour à la guesthouse, Irwan me donne rendez-vous une demi-heure plus tard pour visiter une filature de soie. À califourchon derrière la moto, le casque simplement posé sur la tête, nous dévalons les ruelles pour sortir de la ville. Nous traversons une plantation de cacaos pour arriver dans un hameau de maisons sur pilotis où une dizaine de métiers à tisser sont installés sous les habitations. À l’abri des regards, cachées par des palissades en bambous, de toutes jeunes filles entre 13 et 18 ans travaillent six jours sur sept…La visite se poursuit jusqu’au magasin de Toko Suniper Sutera.

Nous reprenons la route avec une halte dans un petit resto de locaux où pour une fois, j’ai le plaisir d’être conseillée. Irwan me donne des explications sur les particularités de chaque plat. Après déjeuner, notre balade se poursuit en direction du haut de la colline qui surplombe Sengkang et le lac Tempe... Nous rejoignons le parc des maisons traditionnelles... Deux heures de visite en moto à travers la campagne verdoyante sous un soleil de plomb.

Ce soir, je vais assister à un festival de musique sur la place de la gare des bémos, organisé par les jeunes de la ville. Demain je quitte le pays des Bugis pour rentrer dans le pays Toraja. Depuis mon départ de Bira, je n’ai plus rencontré aucun européen. Partout, je suis accueillie avec sourire et gentillesse, les gens s’approchent de moi, curieux de connaître mon nom et mes origines et si je voyage seule…


Risières à perte de vue

Dimanche 16 mars 2003 : RANTEPAO Le Pays Toraja (Île de Sulawesi) - Indonésie

Assise à l’avant d’un cyclo-pousse, je me dirige vers la station de bémos. A peine arrivée, je suis immédiatement entourée : "Rantepao ? Rantepao ?" et on m’attrape mes sacs pour les charger dans un bémo (pourri de chez pourri). Une demi-heure d’attente avant de prendre la route (ça va !). Autour de moi des vendeurs de fruits, d’eau, de journaux se bousculent pour me proposer leurs produits. Nous nous installons dans le véhicule, je suis la première, je me glisse au fond, à côté de moi, trois autres personnes viennent se serrer. J’ai les genoux qui me touchent le menton car je suis obligée de mettre un de mes sacs sous mes pieds et en plus je suis écrasée contre la vitre. Une fois que nous sommes bien empilés, le bémo démarre.

Nous ne venons de faire que quelques kilomètres qu’une fumée s’élève du tableau de bord. Aussitôt plusieurs hommes sortent du véhicule précipitamment et soulèvent le capot. Au bout d’une demi-heure, le court-circuit est réparé, nous reprenons la route.


Récolte du Riz

La route sinueuse grimpe à travers la montagne couverte de forêt tropicale. Un paysage de toute beauté défile sous nos yeux alors que de grosses averses jouent à cache-cache avec le soleil. Au sommet du col, nous traversons un épais nuage avant de redescendre sur l’autre versant. Nous évitons et contournons des tronçons de routes qui ont été emportés par les eaux pluviales. Le bémo zigzague entre les rochers et la boue, frôlant la falaise pour passer au ras du ravin. Mon voisin de gauche en profite pour établir le contact en s’avachissant sur moi et en posant sa main sur ma cuisse. Après s’être fait gentiment remettre en place, il se tourne vers sa voisine de gauche et s’avachit sur elle… Nous traversons Palopo, il nous reste 62 km de montagne, soit deux heures et demie de voyage avant d’atteindre la capitale du Pays Toraja…Rantepao.

Plus que quelques kilomètres. Nous sommes obligés de nous arrêter en catastrophe, un pneu du véhicule vient d’éclater. Tout le monde descend. Alors que les hommes sont en train de changer la roue, j’en profite avec les femmes et les enfants pour me promener. Autour de nous, coincées entre les superbes collines verdoyantes, les rizières descendent en cascade… le paysage est féerique. Au loin, se dessinent des toits de maison en forme de coques de bateau…


Maisons Toraja

La roue réparée, nous mettons à peine une quinzaine minutes avant d’arriver dans le cœur de la ville. Me sachant chargée, le chauffeur de bémo me pose directement devant la Wisma Monika (logement chez l’habitant), avant de continuer jusqu’à la station terminale. Lorsque je descends du véhicule, tout le monde me salue d’un signe de main et d’un sourire. Devant la maison, une femme d’un certain âge m’accueille pour me diriger vers les chambres de l’étage qui s’ordonnent autour d’une sorte de véranda-salon ouverte sur une petite rue. À peine installée, qu’un jeune homme frappe à ma porte pour m'offrir un thé bien chaud qu'il me sert sous la véranda.

Il est 15:00, je pars en repérage. Rantepao a l'air d’une grosse bourgade rurale pittoresque. Je me dirige vers l’office du tourisme pour avoir quelques infos sur les randonnées possibles, les locations de motos etc… avant d'entrer dans un cybercafé où je reste deux petites heures avant de dîner.


Paysage de rizières

20:00, de retour à la "wisma", je découvre dans l’entrée, deux gars croisés en moto qui m’attendent afin de me proposer leur service comme guides. Effectivement, lors de ma balade en ville, je n'ai vu aucun touriste, les restaurants sont totalement déserts et les guides sont aux abois. La ville de Rantepao, qui s’était ouverte au tourisme depuis quelques années, est en train de vivre une crise économique catastrophique (comme d’ailleurs l’ensemble du pays).

Leur suggestion : m'emmener dès demain matin, assister à des funérailles, visiter la région en moto et partir deux jours en trekking. Après avoir trouvé un accord sur le prix, le marché est conclu, je pars demain avec Nikola.

Je les laisse, pour aller me préparer pour le dîner… Une demi-heure plus tard, alors que je suis attablée dans le resto d’à côté, je retrouve Nikola qui s’installe à ma table et commande également son dîner. Il souhaite préparer les trois journées à venir. À la fin du repas, nous allons dans un bar-karaoké très apprécié des indos. Le séjour se présente bien.


Lemo

Lundi 17 mars 2003 : RANTEPAO Le Pays Toraja (Île de Sulawesi) - Indonésie

8:00 Nikola est déjà là. Je prends mon petit-déjeuner en compagnie d’un couple de canadien. D’après eux, nous sommes les seuls étrangers dans le coin. Il est 9:00 lorsque je monte à l'arrière de la moto, sans casque, bien entendu. Elle pétarade un peu au démarrage avant de se lancer à travers la rue principale en direction Lémo, c'est un vieux coucou (cela me rappelle quelques souvenirs de première jeunesse). L'air est encore chargé de l'humidité de la nuit alors que le soleil caresse de ses premiers rayons les rizières verdoyantes.

Lémo se situe à 14 km de Rantepao. Nous sortons de la route nationale pour descendre un chemin de terre jusqu’au site. 9:30, le soleil éclaire les effigies des tombeaux creusés dans le roc et, sur des balcons taillés dans la roche, les statues des morts nous observent. À pied, longeant les rizières, nous faisons une halte rafraîchissante, au point d’eau aménagé au milieu des arbres et des bambous. Nous reprenons ensuite la moto et poursuivons en direction de Matandan pour assister à la cérémonie funéraire.


Les enfants en tête du cortège

Arrivés à proximité du village, nous croisons des invités, en tenue de cérémonie, se dirigeant en procession vers la maison du défunt pour participer à la fête. Chacun tient devant lui les offrandes qu’il apporte ; derrière, marche le buffle, héros malheureux de la fête. Des hommes portent sur leurs épaules de forts bambous entre lesquels pendent des cochons qui pleurent et crient à chaque mouvement. Un gong résonne, rythmant le lent défilé qui s’arrête devant un fonctionnaire, qui note sur un cahier les offrandes apportées, alors que s’élèvent les cris de lamentations rituelles des arrivants.

Nous sommes au deuxième jour des funérailles, cent cochons vont être égorgés, aujourd’hui, puis dépecés avant d’être cuits et servis aux invités. Pour l'habitant de Tana Toraja, la mort n'est pas séparée de la vie. Depuis sa jeunesse, il s'occupe de ses funérailles en travaillant pour accumuler buffles, cochons et riz. Grâce à ses richesses, il pourra prendre place après sa mort parmi les ancêtres de sa caste, en disposant dans l'au-delà, du troupeau sacrifié.


Défilé des invités

Les sept grands principes éthiques Torajas sont :
- Croire en Dieu (ils sont catholiques),
- Croire en Dewata, divinité tutélaire à qui, chaque Toraja, témoigne sa dévotion en faisant de nombreux sacrifices,
- Tomebali Puang, d’où l’importance des funérailles destinés notamment à faciliter le voyage des âmes vers le paradis Toraja ; plus un Toraja dépense de l’énergie et de l’argent pour ses funérailles, plus le Dieu tout puissant lui sera reconnaissant et miséricordieux.
- Vivre ensemble en harmonie,
- Vivre en harmonie avec le monde animal (malgré les sacrifices),
- Vivre en harmonie avec la terre et le riz,
- Respecter la maison (banua tongkonan).
Les funérailles chez les Torajas sont un mélange de tristesse et de joie intense qu’il cherche à faire partager avec d’autres, et c’est un très grand honneur d’avoir un Européen à sa table.

Je suis invitée à boire le thé et manger des gâteaux sous une tonnelle aménagée pour l’occasion. Nikola est assis à côté de moi, me commentant à voix basse (et en anglais) chaque geste rituel. Tous les membres de la famille ainsi que tous les hôtes ont un rôle à remplir et une responsabilité dans le bon déroulement des funérailles…


Sacrifice du buffle

Il est presque 14:00, lorsque nous quittons la réception, pour prendre la direction de Salu. Nous rejoignons la nationale, et après quelques kilomètres, nous virons à droite, grimpons à travers la montagne sur encore cinq ou six kilomètres. Arrivés presque à destination, nous laissons la "mob" sur le bord du chemin pour poursuivre à pied. Entre la végétation luxuriante de palmiers et de bambous géants apparaît une immense cascade d’une cinquantaine de mètres de hauteur. Un bol de fraîcheur dans une chaleur torride…

Nous reprenons la "mob" et redescendons le chemin de terre raviné par les torrents, lorsqu’un orage éclate. Je préfère continuer à pied car, à chaque virage, la mobylette dérape dans les cailloux et les rigoles. Deux kilomètres plus loin, je remonte sur la "mob.". Nous prenons la direction de Londa : le cimetière sur la falaise… Au sommet d’une falaise : une grotte où se nichent des tombeaux avec des restes de crânes et ossements. Les statues des morts sont aussi au balcon et semblent nous surveiller.

Sur la route du retour, un orage éclate à nouveau. Nous sommes trempés jusqu’aux os lorsque Nikola me dépose devant mon auberge.


Elles frappent en cadence

Mardi 18 et Mercredi 19 mars 2003 : RANTEPAO Le Pays Toraja (Île de Sulawesi) - Indonésie

Haut en couleurs et en odeurs, nous traversons le marché du matin pour rejoindre le terminus de bémos direction Tikana. À partir de Tikana, nous laissons le bémo et crapahutons à travers la montagne, longeant les rizières et grimpant de terrasse en terrasse. Le paysage est grandiose. Les rizières descendent en cascade tout le long de la montagne - imaginez-vous une pyramide de coupe de champagne que l’on remplit par le sommet… c’est un peu pareil, mais en beaucoup plus beau.

Sur toutes les terrasses, des hommes et des femmes s’affairent le dos courbé, un chapeau à large bord leur protégeant le visage du soleil. Nous traversons des forêts de cacaotiers et de caféiers, puis plusieurs petits hameaux Toraja très typiques.

Il y a deux versions qui seraient à l’origine de ces étonnantes maisons, soit ce peuple est originaire d’Indochine ce qui expliquerait également les chapeaux à cône, soit c’est une ethnie ayant vécue au bord de la mer, rebelle à l’invasion musulmane, elle se serait repliée dans les hautes terres de l’intérieur…????


Grotte de Londa

Nous nous enfonçons dans une bambousseraie hérissée de bambous de 15 à 30 mètres de haut avant d’arriver dans un village haut perché et accroché aux flancs boisés et majestueux du Mont Seasan (2150 m). Nous poursuivons un petit kilomètre sur la route goudronnée pour arriver dans une jolie auberge dominant tout le Pays Toraja. Cinq heures de marche avant qu’un gros orage nous rejoigne.

En attendant, l’apparition de la maîtresse de maison, je m’installe à l’abri sous la tonnelle surplombant la vallée pour écrire, alors que mon guide va se changer…. Nikola disparaît une petite demi-heure. Plus personne, plus un bruit en dehors de la pluie qui dégouline autour de moi. Je devine que quelque chose se trame. Tout à coup, je sens sa présence derrière moi. Je me retourne. Vêtu d’un beau sarong bleu (tout neuf), douché et parfumé, les yeux baissés, il a l’air d’un petit garçon… Je lui demande : "Quand est-ce-que l’on mange et… où je dors ?"

Il me désigne un très joli cottage Toraja dans un pré d’herbe rase surplombant la vallée. Je m’empresse d’aller le visiter. Nichées dans un perchoir, accessibles par une échelle de bois, deux minuscules chambres. Dans chacune, quatre petites fenêtres (juste pour passer la tête), une natte, un matelas ; c’est le dépouillement complet, comme une cabane pour oiseaux. Je dépose mes affaires et m’installe, lorsque les voix des enfants de la maisonnée nous annonce, que le repas est servi.


Rizières à perte de vue

Tout est organisé pour un tête-à-tête dans un cadre idyllique avec un délicieux repas, il ne manque que les chandelles. Nous mangeons en silence, lorsque, tout à coup, Nikola commence : "- Voilà, j'ai beaucoup réfléchi, tu me plais, tu n'as pas de mari, tu es catholique, je veux me marier avec toi comme ça on ouvrira un restaurant". (bien sûr en anglais indonésien).

Il semble très, très sérieux. Je lui explique que ce n’est pas aussi simple et … bla-bla-bla et bla-bla-bla… (Enfin, tout ça pour vous dire, qu’un peu plus, vous alliez être invité à des Noces en pays Toraja). Pas très convaincu par mes explications, il a passé une partie de la nuit, à gémir derrière ma porte des…" I love you" . Dès le levé du soleil, j'entends la voix de Nikola qui, entre deux "I love you", m’annonce qu’il est malade, qu’il a mal à la tête. Pour pouvoir enfin repartir et retourner jusqu’à Rantepao, je suis obligée de me fâcher.

Le retour se fera dans le plus grand silence, ce qui me permet de profiter pleinement du somptueux paysage qui s’offre à mes yeux…


Maison Toraja

Jeudi 20 mars 2003 : UJUNG PANDANG (Île de Sulawesi) - Indonésie

La matinée est consacrée aux préparatifs de mon départ pour Ujung Pandang. Pour le confort, et surtout la rapidité, j'ai préféré prendre le bus. Ce coup-ci, je vais longer la côte Sud-Ouest de l’Île. Il est 13:00, lorsque je quitte Rantepao. Des paysages de toute beauté vont se succéder, une invitation à redécouvrir l’Indonésie, lors d’un prochain voyage. 22:30, le bus entre en gare d'Ujung Pandang. Fatiguée et chargée, je prends un tuc-tuc qui me dépose une demi-heure plus tard devant la guesthouse Legend. Vu l’heure tardive, on me remet les clés de la chambre restante, la plus minable de l’hôtel et de tout ce que j’ai pu avoir jusqu’à ce jour.


Coiffe de cérémonie

Vendredi 21 mars 2003 : BIRA (Île de Sulawesi) - Indonésie

La nuit a été très difficile (beaucoup de bruit). Il est 6:30, je suis en train de négocier avec l'un des gérants de la guesthouse pour qu'il m'emmène jusqu'à Bira en moto. Ici, il n’y a qu'un bus par jour pour Bira à 9 heures du matin et qui s’arrête dans tous les villages. Je souhaite arriver le plus rapidement possible, car aujourd'hui, c’est la marée montante dans le port de Bira, et si, Alain, Jérôme et Maurice ont prévu de lever l’ancre, c'est pour aujourd'hui.

9:00, nous quittons Ujung Pandang. Je ne prends qu’un sac avec moi, je laisse l'autre à l'hôtel. Mon chauffeur roule vite mais prudemment (heureusement). Nous ne ferons que deux haltes en cours de route. Presque trois cents kilomètres sur une petite moto, ça fait mal au fesse, je vous assure. Il est 13:00 lorsqu'il me dépose sur le quai en face du Joung-Joung.

Je suis déçue, pas de départ prévu, ils ne lèveront pas l'ancre aujourd'hui. Les travaux ont avancé sur le bateau, mais c'est encore le chantier. Je réintègre la cabine que j’avais squatté avant mon départ. Il fait de plus en plus chaud à Bira, facilement 35 degrés à l'ombre. Je passe une partie de l'après-midi à me baigner dans une mer d’un bleu turquoise à au moins 25 degrés… Je quitterai Bira dans deux jours pour rejoindre l'Île de Bali.


Regard espiègle

Samedi 22 mars 2003 : BIRA (Île de Sulawesi) - Indonésie

Entre la plage et internet, la journée se passe gentiment. Pour organiser mon retour de bémo en bémo sur Ujung Pandang de demain matin 7:30, je suis les conseils avisés de Maurice puis d’Alain. Et pour ce soir, j’ai loué un bungalow afin de dormir et me doucher correctement. Sur le bateau, c’est devenu carrément impossible, et je ne parle pas des petits besoins… Et puis ce sont les… au revoirs, car j’espère bien revoir Alain, Jérôme et Maurice très prochainement (et peut-être naviguer ???), car malgré les difficultés d’intendance, j’ai passé de bons moments.


Le marché coloré

Dimanche 23 mars 2003 : UJUNG PANDANG (Île de Sulawesi) - Indonésie

Ô surprise ! Philippe a décidé de partir avec moi. 7:30, nous prenons notre premier bémo pour Bulukumba, puis un deuxième pour Ujung Pandang. Nous arrivons vers 13:00 à la station de bémo de Ujung, pour prendre un troisième qui nous ramène à la guesthouse Legend. Le voyage s’est très bien passé. Et, ce coup-ci, j’ai une chambre à peu près correcte. Le soir, je dîne en compagnie de Philippe dans une pizzeria, on s’en met plein le ventre (ça change du poisson grillé et du riz). De retour à l’hôtel, nous avons le plaisir de retrouver Nico, Mathieu et Damien.

Cyclopousse Ujung Padang
Cyclo–pousse Ujung Padang

Lundi 24 mars 2003

UJUNG PANDANG (Île de Sulawesi) - Indonésie

Rien de particulier à part m’occuper de mon billet d’avion et me mettre à jour dans mes textes. Damien, Nicolas, Mathieu, Philippe et moi-même sommes tous à l’hôtel Legend. Je ne suis pas habituée à cette ambiance où tout le monde passe son temps à se suivre, à s'attendre… Ce soir j’ai dîné en compagnie de Philippe dans un resto très cher pour mal manger. C’est ça faire des concessions…


Ujung Padang

Mardi 25 mars 2003 : LEGIAN ( Île de BALI) - Indonésie

Damien et Philippe ont décidé de partir avec moi sur l’île de Bali, les autres continuent sur la Malaisie pour faire renouveler leurs visas. Je passe une partie de la journée à me balader dans Ujung Padang avant de préparer mes bagages pour cet après-midi.

Départ 17:00 pour arriver à 18:30 à Denpasar (Île de Bali). Nous prenons un taxi qui nous ramène à l’hôtel où j’ai laissé un de mes bagages. Pas de problèmes, je retrouve tout, et l’on me remet les clés d’une nouvelle chambre encore plus agréable que la première et, après négociation, encore moins chère. Tout va bien. Philippe et Damien vont passer cette première nuit ici avec l’intention de trouver un autre hôtel demain matin de meilleur standing.


Entre Ubud et Batur

Mercredi 26 mars 2003 : LEGIAN (Île de BALI) - Indonésie

Mon départ pour l’Australie est confirmé, je cherche un cybercafé et réserve un 4X4 pour trois jours afin de faire le tour de l’Île, ensuite la plage où je fais connaissance avec Laure une jeune fille d’une vingtaine d’années. Ne sachant pas si Philippe et Damien ont l’intention de profiter de la voiture et souhaitant alléger le coût du voyage, je propose à Laure de venir avec moi et de partager les frais. Elle accepte immédiatement car elle aussi, a l’intention de bouger.

En fin d’après-midi, Damien et Philippe nous rejoignent sur la plage, c’est l’occasion pour leur faire la proposition. Damien est d’accord immédiatement, Philippe hésite… Le soir nous passons la soirée dans une discothèque très branchée de Legian.


Fabrique de bijoux en argent

Jeudi 27 mars 2003 : LE LAC BATUR ET LE VOLCAN ABANG (Île de BALI) - Indonésie

8:00, on m’amène le 4X4 presque devant la porte de ma chambre. Après un rapide état des lieux (le véhicule a triste mine) et après avoir vérifié les vagues papiers qu’ils m’ont remis, nous prenons la route. Damien est mon copilote, Laure et Philippe sont à l’arrière. Il faut que je m’adapte à la conduite à gauche, au véhicule qui a déjà bien vécu et à la conduite des indonésiens qui n’ont qu’une seule règle : "c’est le premier qui arrive qui passe". J’ai un peu de mal à trouver la sortie de la ville.

Philippe commence à faire des commentaires et Damien m’explique qu’il a l’habitude de rouler à gauche (mais oublie qu’il n'a pas son permis). Ça commence bien !!!

Un motocycliste indo nous voyant hésitant sur la direction à prendre nous offre ses services pour nous guider vers la sortie de Denpasar pour rejoindre la route d’Ubud. Au passage, il nous conduit chez un de ses amis, fabricants de bijoux en argent. Après un rapide tour pour observer le travail minutieux des femmes avec leurs pinces, nous poursuivons notre route pour faire une nouvelle halte dans un village où l’on peint les œufs. Après le déjeuner dans un resto touristique, nous visitons Monkey Forest. C’est une forêt agréable où vivent les singes. Nous traversons Tegallalang, village spécialisé dans la réalisation de fruits et de fleurs en bois sculpté, Pakadui, Pujung, Sebatu jusqu’à Tampaksiring pour arriver trois heures plus tard au village de Penelokan, situé à 1400 m d’altitude. Nous nous émerveillons de la vue grandiose sur le volcan Abang et le lac Batur.

Je n’ai pas encore coupé le moteur, qu’un jeune homme nous accoste pour nous proposer de passer la nuit dans son hôtel et de nous accompagner demain matin au sommet du volcan. Le temps de se concerter, nous le suivons sur une route sinueuse et défoncée qui nous amène 500 m plus bas au bord du lac, dans le village de Kedisan, à l’hôtel Surya.


Volcan Abang

Vendredi 28 mars 2003 : TULAMBON (Île de BALI) - Indonésie

3:15 du matin, on frappe à la porte, notre guide vient nous réveiller. Un rapide petit-déjeuner avant de rejoindre en voiture le point de départ. Nous avons deux lampes de poche pour cinq, c’est un peu juste. À "taton" dans la nuit noire, nous grimpons à travers les éboulis pour arriver deux heures plus tard au sommet du volcan Abang. En face de nous, se dresse dans un halo rougeoyant le volcan Batur. La nuit est très fraîche, j’apprécie mon pull. Bientôt, d’autres groupes nous rejoignent. Le soleil commence à poindre le bout de son nez, le panorama avec la vue surplombant le lac est tout simplement admirable… Nous sommes tous avec nos appareils photos à la main à mitrailler dans tous les sens tout en prenant notre deuxième petit-déjeuner. Nous continuons notre ascension pour rejoindre les cratères secondaires. Le sol est brûlant, autour de nous des fumerolles s’élèvent du sol. Nous faisons une grande boucle entre les cratères avant d’entreprendre la descente sur l’autre versant.

Il nous faudra deux bonnes heures pour rejoindre notre hôtel et prendre notre troisième petit-déjeuner. Alors que Laure, Damien et Philippe se préparent, je me promène jusqu’à la source d’eau chaude et sulfureuse, à la pointe du lac . 10:00, nous reprenons la route.

Nous traversons le village de Batur où nous nous arrêtons pour visiter un temple. Mais, impossible d’y accéder, tant nous sommes agressés par les vendeurs de tout, aux abois.


Cratères secondaires

Nous continuons sur Kintamani, Penulisan, célèbre pour son temple le plus élevé de l’île (1750 m d’altitude). Après avoir gravi les 345 marches pour voir les statues des rois et divinités de Bali envahies par la végétation et complètement délabrées, nous rejoignons le bord de mer. Une halte pour assister à une cérémonie de mariage ou d’enterrement ??? (pour le peuple de Bali, c’est toujours une fête) avant d’aller nous rafraîchir dans la mer de Java.

Au bout d’une petite heure, sur une route étroite et sinueuse, nous longeons des paysages superbes ou les palmiers et les bananiers découpent leurs silhouettes sur le bleu de la mer. Nous nous installons à Tulambon à l’hôtel Paradise, situé au bord d’une plage de sable gris et de galets. Un endroit connu uniquement par les plongeurs car c’est ici que se cache une petite merveille, l’épave d’un cargo devenu le paradis de myriades de poissons multicolores de toutes tailles.


Couché de soleil sur le volcan Batur

Samedi 29 mars 2003 : LEGIAN (Île de Bali) - Indonésie

Levée presque en même temps que le soleil, je me balade le long de la plage armée de mon appareil photo en attendant de prendre mon petit-déjeuner. Mes compagnons de route commencent à me peser, j’ai de plus en plus de mal à supporter leurs commentaires… 8:00, je croise Philippe. 9:00, Laure sort du lit. 9:30, j’aperçois Damien. 10:00, nous sommes devant la boutique pour louer palmes, masques et tubas pour faire du snorkeling...

Un petit mot de trop de Philippe, avec une couche de la part de Damien et… c’est l’explosion. Je ne rentre pas dans les détails, mais, conclusion, je ne pourrai pas vous parler de la fameuse épave du Liberty. En attendant leur retour, je suis restée tranquillement à écrire et à… ruminer.

Il est 13:00, lorsque nous reprenons la route. Quelques haltes photos dans les environs de Tirtagangga : Water Palace, site superbe, à flanc de colline ; puis, à proximité de Amed, un temple où des femmes sont rassemblées pour préparer des gâteaux (délicieux d’ailleurs) pour une prochaine cérémonie… Une dernière halte à Klungkung, ancienne capitale royale, l’une des plus prestigieuses de l’île. Nous visitons le palais de justice, construit au XVIIIe siècle, le pavillon flottant entouré d’eau, sur lequel flottent nénuphars et lotus.

Nous poursuivons jusqu’à Ubud le temps pour moi de faire quelques courses avant de prendre la direction de Legian. Je ne vous cache pas que je suis particulièrement pressée de les ramener… Depuis que nous avons quitté Tulamben, je n’ai plus entendu aucun commentaire, c’est le silence à bord, pour cause, je suis de plus en plus à l’aise avec la voiture. Deux jours pour m’adapter à la conduite du 4X4 pourri, à la conduite à gauche et à la conduite indonésienne. Maintenant, je double à droite, à gauche, je slalome entre les motos, les vélos, les voitures, je me faufile dans la circulation de Denpasar exactement comme les indos et je n'entends pas une mouche volée…


Klungkung

Dimanche 30 mars 2003 : LEGIAN (Île de Bali) - Indonésie

Journée tranquille réservée à la plage et à l’intendance. Je marche le long de la plage qui s’étire sur plusieurs kilomètres, entre Legian et Kuta, rythmée par de grosses vagues qui font la joie des surfeurs mais pas la mienne. Je n’ai pas encore réussi à nager, les vagues et les courants sont particulièrement forts. Le soleil caresse de ses derniers rayons la mer à l’horizon.

Ce soir, sur la plage de Kuta et d’ailleurs partout sur l’Île de Bali, une grande cérémonie aura lieu, pour fêter le dernier jour de l’année, avant le nouvel an hindou, le Nyepi Day. Arrivée au niveau de Kuta, je découvre des drapeaux, des ombrelles, des banderoles multicolores qui battent le ciel. La cérémonie se prépare. Vêtus de leurs habits de lumière et d’un sarong aux couleurs de leurs castres, les hommes, les femmes et les enfants se rassemblent pour former un cortège. Les danseurs et les danseuses ont endossé masques et tiares pour danser sur le son rythmé des ganelans. Comme montés sur roulement à billes, ils font valser leurs yeux écarquillés, tordent gracieusement les poignets, agitent les doigts. Les très jeunes filles, vêtues de bracarts, couronnées d’une tiare d’or et de fleurs de jasmin tournicotent avec une irrésistible grâce.


Festivités du Nyepi day

Alors que je suis assise en tailleur derrière les Pecalong (service de sécurité très pacifique pour les cérémonies balinaises), un indo s’asseoit à côté de moi et me commente le spectacle qui se déroule sous nos yeux. Agenouillés sur la plage, les mains jointes au-dessus du sommet de leurs têtes avec, entre les doigts, une bougie allumée, les milliers de balinais et balinaises s'unissent dans une prière unique… Mon voisin est balinais de religion hindouiste, journaliste de métier. Vêtu d’un sarong de cérémonie, d’une veste blanche et d’un turban, Ketut Sumadi fait partie de la caste des sudras. Il est le quatrième enfant de la famille (Ketut est le prénom réservé à tous les quatrièmes enfants des sudras).

À l’horizon, le soleil vient de s’enfoncer dans la mer pour laisser place à la nuit. La cérémonie se termine, les danseurs et danseuses s’éloignent pour s’éparpiller au milieu des leurs, alors que Ketu et moi échangeons nos coordonnées. À peine ai-je quitté Ketu (marrant, non ?), je suis abordée par Antonio, Timorien d’origine, vivant à Melbourne. Nous ferons le chemin de retour ensemble le long de la plage.


Danses sur la plage

Lundi 31 Mars 2003 : DENPASAR (Île de Bali) - Indonésie

9:00, je m’empresse de m’habiller (un sarong et un voile sur les épaules) pour assister à une nouvelle cérémonie qui a lieu dans le temple de Kuta. Ce coup-ci, je fais mes cinq kilomètres à pied par la route. Tout le long du trajet, taxis, moto-taxis s’arrêtent pour me proposer leur service. Au bout d’une heure, j’arrive enfin à Kuta. Comme d’habitude, il fait très, très chaud, d’une chaleur moite, et je transpire énormément (je serai mieux en maillot de bains).

Après avoir demandé à plusieurs reprises mon chemin, j’arrive enfin devant le temple. En fait, rien de spécial. Rien de particulier se passe autrement que le rituel des offrandes aux Dieux. Je reste un moment à observer la procession des femmes, des hommes et des enfants, saluer les divinités, déposer leurs offrandes et allumer les bougies devant l’hôtel installé en face du temple.

De retour à ma guesthouse, je m’empresse d’appeler la compagnie aérienne pour vérifier si mon vol pour le 2 avril se confirme. Car le 2 avril, c’est la nuit du Nyepi Day. Ce jour-là, tout sera fermé, la vie s’arrêtera à Bali à minuit et durant 24 heures, chacun restant cloîtrer dans sa maison et les aéroports (entre autres) seront fermés. Pourquoi ? Le Nyepi Day, c’est le jour où le mauvais esprit descend sur la terre, et seule, l’absence de vie le fait partir. Donc, même les touristes sont tenus de rester enfermés dans leur chambre ce jour-là.


Offrandes, Pura Jagatnata

Mon vol est bien confirmé pour le 2 avril à 1:15 du matin. Par contre, j’ai intérêt à partir très tôt la veille, car dès 22 heures, il n’y aura plus "âme qui vive" dans les rues. Sur cette bonne nouvelle, je me change et pars à la recherche d’un bémo pour rejoindre Antonio à Denpasar et visiter la ville. Rendez-vous au terminal bémo. Nous filons direction du grand marché, c’est d’ailleurs le plus grand marché de l’île. On y vend de tout dans une chouette ambiance trépidante. Des femmes proposent dans d’immenses paniers des fleurs multicolores et des accessoires qui composent les offrandes. Un méli-mélo d’étales les plus variés, au rez-de-chaussée, les rayons d’alimentation, viandes, poissons (gare aux odeurs) et, à l’étage, vêtements, tissus, vannerie, bibelots. À peine arrivée, une femme me prend par la main pour me guider à travers les allées. Je suis obligée d’insister afin qu’elle me lâche pour poursuivre ma promenade.

Nous continuons par un tour de ville avant de nous diriger vers l’unique cinéma de Denpasar pour voir un super film d’action en anglais. Je ne peux plus vous dire le nom du film mais, même que je n’ai rien compris aux paroles, j’ai passé une bonne soirée et me suis franchement amusée. À la fin de la séance, 20:30 (ici, c’est déjà très, très tard), je file à la station de bémo où tout est fermé, il ne me reste plus qu’à héler une moto qui me ramènera à Legian.


Dans les rues de Denpasar

Mardi 1er avril 2003 : LEGIAN (Île de Bali) - Indonésie

Derniers achats, dernières photos à récupérer, je règle mon hôtel et pars à la recherche d’une solution pour rejoindre l’aéroport. À partir de 14:00, tous les commerces se mettent en congés pour préparer la grande fête de ce soir avant de se cloîtrer jusqu’à demain minuit.

Le propriétaire de l’hôtel se propose de m’emmener moyennant 25 000 roupies, un souci de moins. Après trois heures d’ordinateur pour écrire des textes et les envoyer, il est 13:30, lorsque je pars déjeuner. Je me rends compte que les deux tiers des magasins ont fermé leurs portes. Le restaurant où je m’installe, m’annonce que je n’ai qu’une demi-heure pour commander et manger. Je prends un sandwich et une bière au comptoir.

14:00, la ville s’est vidée, on peut presque écouter le silence. Les motos et les voitures se font rares, quelques taxis encore. J’en profite pour filer à la plage. Pour une fois, je vais être tranquille, pas de vendeurs de montres, de sarongs, de souvenirs pour me "casser les pieds", pas de masseuses, la paix. Et c’est presque le cas, car au bout d’une heure de détente, une horde de chiens errants (une dizaine) arrive pour prendre possession de la plage désertée. Ils se bagarrent à quelques mètres de moi, et je suis seule sur l’immense plage de Legian. En moins de deux, je récupère mes affaires et prends le large (on ne sait jamais). Ici, les chiens ne sont pas aimés, ils vivent en bande et doivent se débrouiller pour se nourrir.

Ce soir, à la tombée de la nuit, une grande parade aura lieu dans toutes les villes de l’île de Bali. Tous les jeunes des quartiers ont, durant les semaines passées, travaillé à préparer des monstres de deux à quatre mètres de haut pour les rendre les plus hideux possible afin de défiler ce soir. Le lendemain du Nyepi Day, ce sera une nouvelle année qui commence, ces monstres seront brûlés.


Entrée de Denpasar

19:30, je m’installe à l’angle d’une rue, à même le trottoir, pour armer mon appareil photo. Autour de moi, la foule se fait de plus en plus dense. Bientôt, on entend le son rythme des gamelans. Tous les balinais sont dehors, vêtus de leur tenue de cérémonie, une bougie à la main. Les Pecalongs se chargent de faire écarter la foule qui se presse, pour laisser passer les gamelans qui battent la mesure. Derrière eux, les enfants portent au-dessus de leur tête, les flambeaux. Ils marchent devant les chars qu’une trentaine d’hommes en sarong noir supportent. Au-dessus des chars, éclairés par les torches, se dressent les monstres de la nuit…

Le spectacle et l’ambiance est extraordinaire. Je suis complètement envoûtée.
À travers la ville, je vais suivre la parade, essayant de ne rien louper au spectacle qui s’offre à mes yeux. Tout à coup, une jeune femme balinaise surgit et me prend par la main pour marcher avec moi. Elle m’a reconnue après l’avoir croisée ; elle me présente sa fille. Autour de moi, que des balinais, je me sens presque des leurs…

Il est 21:30, je retourne à l’hôtel récupérer mes sacs. À peine arrivée, on frappe à ma porte. C’est la propriétaire du guesthouse, accompagnée de plusieurs membres de la famille, qui m’annonce, que son mari vient d’avoir un accident et qu’il ne pourra pas m’emmener. L’accident n’est pas trop grave, mais je dois me débrouiller pour trouver une autre solution pour aller à l’aéroport. Une fois la porte refermée, je décide de rejoindre la rue principale et de veiller un taxi ou une voiture (il n’est pas encore minuit, j’ai encore une chance).


Monstres du Nyepi days

La nuit est noire, pas un lampion, pas un chat, je suis sur le trottoir et j’attends, à l’écoute du moindre bruit de moteur. Quelques mobylettes passent mais pas de taxi, ni de voiture. Déjà un bon quart d’heure que j’attends, lorsqu’une mobylette s’arrête à ma hauteur. "- Vous cherchez un taxi ? Ce soir, il ne faut pas y compter. Ils sont tous bloqués par la parade à Kuta. Si vous voulez, je peux vous emmener ?" Après réflexions, pourquoi pas. Je lui explique que j’ai trois sacs : un gros sac à dos, un sac de voyage et un autre petit sac à dos. "- Pas de problèmes, j’ai l’habitude." Moi aussi, je commence à avoir l’habitude.

Il me suit jusqu’à la guesthouse, prend le sac de voyage entre ses jambes. Je mets mon gros sac à dos sur les épaules et le petit entre nous deux, et nous partons à travers les ruelles de Legian pour rejoindre Kuta où la fête bat son plein. Nous nous engageons sur la route principale pour rejoindre la nationale et arriver, au bout d’une dizaine de kilomètres, à l’aéroport international de Denpasar. 23:30, il me dépose devant la grande entrée, coût de l’expédition : 35 000 roupies (ça va). L’aéroport est presque vide. Hormis les voyageurs de ce vol pour l’Australie, il y a au maximum cinq personnes pour assurer la surveillance, l’accueil des voyageurs et la sécurité, et, apparemment, ce sont les membres de l’équipage.

Un seul avion décollera ce matin du 2 avril 2003 à 1:15 du matin de l’aéroport de Denpasar. Dans l’avion, une place sur deux est libre. Tout à l’heure, à 4:50, je serai à Perth en Australie.


Coucher de soleil Legian