LAOS

Population : 5,2 millions d'habitants.
Superficie : 236 800 km2.
Religion officielle : bouddhisme (90%).
Capitale : Vientiane.
Langues : lao, dialectes (taï, hmong, phoutheung), français et anglais.
Monnaie : le kip.
Régime : république populaire communiste depuis 1975.
Chef de l'État : le général Khamtay Siphandone.
Chef du gouvernement : Sisavath Kéobounphanh.

Samedi 8 février 2003 : Passage de la frontière NONG KAI (Thaïlande) - VENTIANE (Laos)

Il est 9:30 lorsque nous rentrons en gare de Nong Kai (1:20 de retard, normal !). Malgré les coups de freins et les soubresauts du train, j’ai réussi à dormir. À peine sortie de la gare qu'un chauffeur de tuc-tuc empoigne mes sacs pour les mettre dans son véhicule en me disant :
"- Lao, Lao ?" "- Yes, Lao, Lao, but how much ?" "- 50 Bts." "- Ok but I want to exchange monnaie."
Je m’installe à l’arrière du tuc-tuc avec mes bagages et nous prenons la direction de Nong Kai Centre à la recherche d’un change - nous sommes dimanche et ce n’est pas simple. Après avoir parcouru la ville dans tous les sens, nous finissons par trouver un change. Je pense que 50 dollars (soit environ 2400 Bts) suffiront, puis nous reprenons la route en sens inverse. Mon chauffeur en profite pour me dire : "- Now, it’s 100 Bts ?" "- Ok."

Au bout d’une demi-heure de route, il s’arrête devant une agence délivrant des visas, coût du visa 2000 Bts avec les frais + la traversée en bus 20 Bts + le pourboire de la jeune fille... Un couple de français est assis près de moi faisant la même opération. La jeune fille Thaïlandaise qui s’occupe de nous, nous accompagne avec les documents dans le tuc-tuc puis dans le bus pour traverser le pont de l’Amitié qui relie la Thaïlande au Laos. Nous patientons un petit quart d'heure avant de récupérer nos passeports nous confirmant la sortie du territoire thaïlandais (mon visa se terminant dans un jour). Nous ne sommes pas encore à la frontière du Laos que la jeune thaï m’explique que pour rejoindre Ventiane, il faut que je prenne un taxi 500 Bts ou un tuc-tuc 300 Bts, je choisis la deuxième solution mais je me rends compte que je n’aurai pas suffisamment d’argent. Je lui expose mon souci. Elle me répond que les banques sont fermées le dimanche en Thaïlande et au Laos, elle me propose de faire marche arrière et de retourner à Nong Kai, au change. Elle m’explique également qu’au Laos, le baht est une monnaie acceptée au même titre que le kip, la monnaie nationale. Étant donné que je ne sais pas comment fonctionne le Laos, je préfère assurer et accepte cette solution. Donc retour en tuc-tuc (ce coup-ci elle négocie à ma place : 80 Bts) à l’agence, puis au change de Nong Kai, et retour à la frontière.


Patouxai Anousavari Ventiane

Une heure plus tard nous franchissons la barrière du Laos. Comme convenu, je prends un tuc-tuc à qui je réglerai 300 Bts à l’arrivée et j’en profite également pour donner à ma petite guide très sympathique 100 Bts pour la dédommager. J’arrive enfin dans Ventiane, capitale du Laos. Mon chauffeur me dépose devant une guesthouse à l’adresse indiquée sur mon guide. L’hôtel se situe en centre ville, donc c’est parfait. La propriétaire des lieux, une jeune Laos très typée, me remet immédiatement les clefs de ma chambre en me disant 4 dollars. Ok, je prends la chambre. Celle-ci est au rez-de-chaussée, elle est propre avec une douche-wc.

Après m’être rafraîchie et installée, je pars à la conquête de la ville. Au premier carrefour, je découvre, au bout d’une large avenue en construction, une espèce d’Arc de Triomphe à l’image de celui de l’Étoile. En lisant mon guide, j’apprends qu’il s’agit de Patuxai Anousavari. Je remonte l’avenue et me retrouve en face de cet imposant monument. Sous la voûte, un décor azur et or inspiré de la mythologie Lao. Des escaliers accèdent à un premier étage où une boutique de cadeaux (assez ringards) est installée, je grimpe à l’étage supérieur (sans intérêt) puis je monte l’escalier en colimaçon pour accéder au sommet de l’édifice. Une vue imprenable sur les quatre points cardinaux de la ville s’offre à mes yeux. Je m’empresse de prendre quelques photos, lorsqu’un jeune bonze d’une vingtaine d’années m’accoste, d’abord en anglais puis en français (il semble moins farouche que ceux croisés en Thaïlande). Nous restons une dizaine de minutes à bavarder puis il finit par me demander mon âge et mon adresse (j’ai l’âge de son père). Il me demande mon calepin, il me fait signe de le déposer sur la fenêtre. Une fois que je l’ai lâché, il le prend pour noter son prénom et son adresse sur mon calepin en m’invitant à lui écrire. Lorsque je lis son adresse internet, je découvre : loveme000 …@hotmail.com (tout un programme, n’est-ce-pas ?).


Vat Sisaket, la main de Bouddha

Après cette rencontre, je poursuis ma balade, traverse une rue bordée de pâtisseries où d’énormes gâteaux multicolores et fluorescents sont présentés derrière des comptoirs réfrigérants. Je retrouve la circulation du Vietnam avec ses cortèges de bicyclettes, mobylettes et tuc-tucs, les chapeaux en forme de cône et les palanches. Les rues sont bordées de maisons au style colonial, vestige d’un passé marqué par l’empreinte des Français. La ville est jeune et bruyante, un peu la Thaïlande à travers la jeunesse.

Ce soir, je dîne dans un resto français, commande une salade et une pizza. Conclusion : il vaut mieux manger local, car de toute façon, ils mettent leur touche personnelle (fromage sucré et sauce mayonnaise parfumée à je ne sais quoi) qui dénature le plat. Après ce dîner quelque peu frustrant, je rentre gentiment me coucher.


Le marché du matin Ventiane

Dimanche 9 février 2003 : VIENTIANE (Laos)

Je profite de cette première journée pour m’offrir une grasse matinée et m’occuper de moi. Il est 10:00 lorsque je sors de ma chambre pour louer une bicyclette. Il n’y a pas de meilleur moyen de locomotion pour visiter une ville tout en gardant son indépendance. Déjà entraînée à Chiang Mai, je n’hésite pas à m’insurger dans la circulation. Ici, on roule à droite alors qu’en Thaïlande, c’est à gauche. La technique, c’est de regarder droit devant soi et de foncer. Je fais une première halte au marché du matin où je retrouve l’ambiance fiévreuse de Bangkok, me dirige vers le quartier des montres, les plus grandes marques sont exposées Rado, Seiko… à prix défiants toute concurrence (mais il ne faut pas oublier que ce sont les rois de la copie).

Je prends ensuite la direction du Vat That Luang situé à 4 km du centre. C’est le monument le plus important du Laos, l’un des plus forts symboles de l’unité nationale et de l’identité religieuse du pays. De retour sur le centre, je pose ma bicyclette devant le Vat Ong Ten, temple situé au centre de cinq monastères, poursuis ma route pour rentrer dans un superbe parc et trouver le Vat Sisaket.

Il est midi lorsque je retourne sur le marché du matin déguster un pain bagnat façon lao. Et oui, ici il y a du pain comme chez nous, encore un vestige des Français. Après une petite demi-heure, pour me délasser et me rafraîchir devant une bonne bière, je reprends la route et fonce dans les avenues de Ventiane. Je dis avenue car dans cette petite ville provinciale, certaines rues ont six voies.

Depuis deux jours, j’ai un gros rhume et la poussière de Ventiane ne l’arrange pas. Je dévale ainsi les rues de Ventiane, le nez (rouge) au vent. Derrière moi, j’entends les coups de freins grinçants des tuc-tucs qui ont besoin d’une révision sérieuse. Au fait, ma bicyclette n’a qu’un seul frein (le frein de devant). Il est 17:00 lorsque je rentre à ma guesthouse. Une douche n’est pas un luxe, même froide, car je suis couverte d’une poussière rouge. Je repars ensuite à la recherche d’un cybercafé. Durant une bonne heure, je suis là entrain d’écrire mes textes sur l’ordinateur, lorsque tout s’efface sans prévenir…

Pour me remonter le moral, je vais déguster quelques spécialités laotiennes dans un resto chic que j’ai repéré. À côté de moi, un couple de Belges très sympathique avec qui, j’échange quelques anecdotes de voyages.


Vat Pha That Luang Ventiane

Lundi 10 février 2003 : VENTIANE (Laos)

De grand matin, je pars à la recherche d’une bicyclette à louer pour la journée. En chemin, je fais une première halte petit-déjeuner dans l’échoppe Cake Family où sont exposés dans la banque réfrigérée, des gâteaux aux couleurs fluo (ça fait très chimique et très américain). Une deuxième halte dans une agence de Tourisme Lao pour étudier les conditions de circuit pour Vian Vieng et Luang Prabang avec excursions. Je fais la connaissance de Vangly, guide lao, heureux de pouvoir parler français. Au bout de quelques minutes de discussion, il m’explique que ce n’est pas intéressant pour moi de prendre une excursion car je vais payer dix fois le prix et il me donne quelques bons tuyaux et conseils pour poursuivre mon voyage à travers le Laos dans les meilleures conditions de routarde. Vangly espère pouvoir venir en France, aussi il me pose beaucoup, beaucoup de questions sur notre pays. J’ai un peu de mal à m’éclipser. Au bout d’une heure, je sors de l’agence, direction le marché du matin.

Sur mon chemin, je trouve enfin ma bicyclette et commence la visite de la ville. Je me faufile entre poulets (sur pattes), cantines, tuc-tucs, échoppes en tout genre, évite de justesse les monticules d’ordures accumulées et pars à la recherche de la gare routière afin de me renseigner sur les bus pour Vian Vieng. Alors que je suis en face du panneau d’affichage des horaires (écrit en Lao) avec, sans doute, un air septique, un policier m’aborde : "Where do you go ? "Vian Vieng, tomorrow." Il me montre le bus. Puis un homme vient à ma rescousse pour faire l’interprète. Je le remercie en français, il me répond en français ???. Il se présente : M.Sete (ce que j’ai compris) et m’explique :"J’ai appris le français, il y a 30 ans mais je n’ai jamais l’occasion de pratiquer." Nous restons un petit moment à bavarder puis il me propose de me servir de guide pour visiter le parc ethnique et les environs de la ville. Nous tombons d’accord pour un rendez-vous en début d’après-midi.


Tuc–tuc

En attendant 14:00, je fonce à travers les rues d’un Vat à l’autre, m’engouffre dans le flot des tuc-tucs, motos, vélos. Trois heures de balade où je fais chauffer mon Minolta. De retour sur le marché, je m’attable dans un petit resto très prisé des locaux. On m’apporte de la viande hachée parfumée à la menthe et aux épices. Au bout de quelques instants, un jeune homme s’installe en face de moi et commande le même plat. Ici, c’est tout naturel, les gens s’assoient où il y a de la place et aucune table n’est attribuée. Avant de retourner à mon hôtel, je fais un détour par la poste (encore un vestige de l’occupation française).

À 14:00, je retrouve M.Sete en bas, dans la rue, avec un tuc-tuc plutôt délabré. M.Sete a trois enfants, il est médecin-fonctionnaire, sa rémunération est de 30 dollars par mois et, pour arrondir ses fins de mois il est obligé d’avoir un tuc-tuc comme beaucoup. Nous traversons Ventiane en direction du parc. Tout en conduisant, M.Sete me raconte le Laos, son histoire. Nous faisons quelques haltes devant divers monuments, puis il me parle de la religion et de la politique de son pays… Bientôt, nous nous engageons sur l’unique route goudronnée qui traverse le Laos, la route nationale 13. Les camions nous frôlent de près. Tout le long du trajet, M.Sete me raconte, il a beaucoup de choses à m’expliquer et à me faire comprendre. J’ai un peu de mal à le suivre à cause de son accent et du bruit de la circulation, mais il parle bien le Français. Vêtu pauvrement avec une blouse blanche râpée, c’est un homme très instruit et très intéressant. Arrivée devant le parc, je règle une entrée 20 Bts. Par contre, quelle surprise !

Je pensais trouver des huttes en bois, des animaux en chair et en os. Mais non, ce parc est un amas désordonné des principales curiosités culturelles du Laos avec d’immenses bêtes préhistoriques en béton et d’hallucinantes reconstitutions de maisons ethniques en béton elles aussi. Le parc est agréable par sa fraîcheur, il s’étale le long du Mékong. Nous nous dirigeons vers une de ces maisons en béton lorsque le gardien des lieux sort de sa tanière. Il se présente, au garde à vous et avec le salut militaire : "Lieutenant Phom, ancien soldat de l’armée française." Je lui tends la main en me présentant à mon tour. Avec un grand sourire : "J’aime beaucoup la France, j’ai combattu pour elle pendant 5 ans durant la guerre du Vietnam... et blablabla et blablabla".


Entrée du Temple Chua Bang Long

C’est un petit bonhomme de soixante-dix ans environ, droit comme un "I", soigné et très rigolard. Il m’invite à visiter les maisons ethniques du parc. En fait, elles ne représentent guère d’intérêt, mais le bonhomme oui. Des touristes d’origine asiatique se joignent à nous. Nous rentrons dans une salle réservée aux instruments de musique, M.Phom me fait signe de m’installer devant le xylophone, montre à M.Sete l'espèce de flute et aux asiatiques, les tambourins, lui se chargeant de jouer du luth. Il nous demande de l’accompagner alors qu’il se met à chanter à tue-tête une chanson lao version française. Au bout de cinq minutes de grande cacophonie, nous éclatons tous de rire.Nous poursuivons ainsi d’une maison à l’autre dans la bonne humeur.À la fin de la visite, M.Phom m’amène son livre d’or et me demande si je veux noter quelque chose. A la lecture de ma petite annotation, son visage s’éclaire à nouveau et avec un grand sourire m’accompagne jusqu’à la sortie, heureux d’avoir pu parler de la France à une française.

Le retour s’effectue en pleine heure de pointe. Des files d’enfants en uniforme sortent des collèges et des lycées sur leurs bicyclettes pour prendre la nationale 13. Des camions, en surcharge, prêts à basculer à chaque virage, nous frôlent en klaxonnant. Mobylettes, tuc-tucs, voitures se doublent et redoublent. Des fois, ils sont au moins à quatre de front alors que deux véhicules se croisent déjà de justesse. M.Sete se faufile allègrement dans ces embouteillages. Il y a déjà longtemps que je ne m’inquiète plus sur la conduite des asiatiques.

Nous faisons deux nouvelles haltes dans des temples où j’écoute avec beaucoup d’attention les commentaires de mon guide. M.Sete profite d’être loin d’oreilles indiscrètes pour me poser des questions sur la France, notre façon de vivre, les conditions des médecins en France et me raconte sa vie. Il se sent prisonnier dans son pays et souhaite venir en France avec ses enfants car il veut qu’ils aient de l’instruction et être heureux... Jusqu’à la tombée de la nuit, nous restons sur le parvis d’un temple à discuter de la vie et de la politique de son pays. Il me ramène ensuite à mon hôtel. Nous nous donnons rendez-vous au lendemain matin 9:00.


Vieille femme – Vian Vieng

Mardi 11 février 2003 : VIAN VIENG (Laos)

9:00 M.Sete m’attend avec son tuc-tuc devant l’entrée de la guesthouse. Nous sortons de la ville par le Nord pour nous arrêter en bordure de la nationale au point de ralliement de tous les taxis pick-up pour Vian Vieng et Luang Praban.M. Sete me donne beaucoup de conseil de prudence, il a préféré que je prenne un pick-up plutôt que le bus, car, il paraît que la route est dangereuse. Après avoir négocié pour moi une place de choix : à côté du chauffeur, on me demande 250 Bts en m’assurant que je serai seule avec le chauffeur et qu’ils ne prendront pas plus de 8 personnes à bord. Après avoir échangé nos coordonnées, je laisse M.Sete pour monter à bord du véhicule et attendre patiemment que d’autres usagers (locaux) s’installent à l’arrière.

Il est 10:00, lorsque le véhicule démarre enfin. Les propriétaires du taxi sont le fils (chauffeur), la mère (le chef), le père (l’exécutant). On roule relativement bien sur la seule nationale du Laos. Le fils conduit calmement, on dirait qu’il n’a pas 18 ans (les asiatiques font beaucoup moins que leur âge jusqu’à 40 ans, ensuite ils deviennent vieux). Au bout de 2 heures de route, le pick-up s’arrête pour récupérer quelques paysans et, "la chef" en profite pour s’installer à côté de moi ???. Je suppose que ce n’est que pour quelques instants. Je me serre contre le chauffeur, les jambes en l’air afin qu’il puisse se servir du levier de vitesse, avec, une fesse sur le fauteuil et l’autre sur je ne sais quoi.

Nous repartons après des haltes régulières pour prendre des personnes et en laisser d’autres (j’ai l’impression qu’ils sont plus de huit à l’arrière) et j’ai toujours la patronne dans mes bras. C’est une femme très souriante, comme toutes les asiatiques, mais très forte et j’ai très chaud et, je commence à avoir mal partout. Nous allons rouler ainsi encore 1 heure 30 avant qu’elle daigne passer à l’arrière. Il est 15:00 lorsque nous arrivons à Vian Vieng.


Pont sur le Nam Song Vian Vieng

Dès mon arrivée, je fais signe à un tuc-tuc de m’emmener à la guesthouse Phoubane. C’est une adresse sympathique blottit dans un jardin ombragé. J’ai une chambre sommaire certes, mais propre et la patronne parle le français. Je me débarrasse de toutes mes affaires et pars repérer les environs.Vian Vieng se trouve en bordure de la rivière Nam Song dans une région peuplée de Hmong et de Lao. Vian Vieng est connue pour ses grottes et ses cascades dans un paysage de falaises calcaires et de sites verdoyants avec des sortes de pains de sucre.

À pied, je prends la direction d’une grotte que la patronne de ma guesthouse m’a conseillée et qui se situe à environ 1 km. Le long d’un chemin, je passe un premier pont en bambous qui surplombe la rivière, puis un deuxième avant de me retrouver arrêter par un péage : 1000 kips. Je continue sur le chemin de terre rouge, traverse un petit village de pêcheurs sur pilotis, découvre un panneau indiquant la direction d’une grotte sur la droite. Je m’engage sur le sentier qui slalome entre les rizières et les buissons d’épineux pour arriver devant un nouveau péage : 5000 kips. Il s’agit d’une redevance pour accéder à la grotte Tham Phapouak.

Un indigène me fait signe de le suivre. Nous traversons plusieurs clairières, puis il me montre le sommet de la montagne en me faisant comprendre que je dois continuer seule et grimper jusqu’en haut. L’escalade est plutôt difficile car les rochers sont très escarpés et je n’ai aux pieds que des sandalettes en cuir. Arrivée au sommet, j’ai le plaisir de découvrir une vue splendide sur Vian Vieng et sa vallée. Un indigène me remet une lampe frontale très archaïque avec une batterie rafistolée que je porte autour du cou.

J’aurai pu me croire dans un des films d’Indiana John. Nous descendons une première échelle en bambous qui tient grâce à l’inspiration du Saint-Esprit, puis une deuxième en partie vermoulue pour se hisser sur une planche d’un mètre de long sur 20 cm de large surplombant un gouffre et tout ça, éclairé grâce à nos lampes frontales à la lumière vacillante.

Nous nous glissons successivement dans trois tunnels étroits pour nous enfoncer encore plus profondément dans la grotte, nous nous laissons glisser le long d’une échelle en bambous pour rejoindre une galerie qui nous entraîne dans une immense caverne où un majestueux bouddha couché nous accueille. Je tente de prendre quelques photos sans conviction car il n’y a pas d’autre lumière que celles de nos torches. La chaleur et l’humidité sont intenses au fond de la grotte, j’ai du mal à respirer, peut-être est-ce le stress ? Le retour est tout aussi difficile, je talonne mon guide de près de peur de le perdre et je dis "ouf !", lorsque je me retrouve à l’air libre. Mais ce n’est pas fini...


Tracteur Taxi Vian Vieng

À peine sortie de la grotte, mon guide me montre un autre chemin et me fait signe de grimper et d’escalader un autre versant de la montagne... Après m’être hissée sur des rochers aussi escarpés que les premiers, je découvre derrière un buisson un nouvel indigène qui apparemment est en train de m’attendre. Il me remet une lampe torche et une batterie tout aussi rafistolée que l’autre et me montre un trou en me faisant comprendre que je dois y aller seule. Pas très rassurée, je me lance dans ce nouveau défi.

Imaginez-vous. Je suis seule avec une lampe torche vacillante en train de descendre au fond d’une grotte ouverte sur plusieurs galeries m'entraînant au moins à 20 mètres sous terre(j’exagère peut-être ???), loin de tout, et consciente, que les seuls qui savent que je suis dans le trou, ce sont des indigènes qui ne parlent qu’un dialecte local. Je me suis découverte beaucoup plus courageuse que je ne le pensai. Après m’être glissée dans plusieurs tunnels, descendue des échelles en bambous, je me suis retrouvée en face d’un immense rocher sous lequel je devais me glisser pour remonter de l’autre côté. Alors là, je me suis dit : non ! Courageuse mais pas kamikaze. Et j’ai rebroussé chemin, heureuse de trouver enfin la sortie.

Je salue de loin le gardien de la grotte espérant reprendre la direction du village. Au bout de deux petits kilomètres, j’arrive dans un cul-de-sac, erreur, je me suis trompée de chemin. Maintenant, imaginez-vous que je suis dans la forêt tropicale... Je commence à stresser à nouveau : dans les buissons, dans les hautes herbes, derrière la forêt de bananiers sauvages, je sens, j’entends la vie qui grouille autour de moi, j’ai l’impression d’être épiée. Je reste zen, je reviens sur mes pas, presque jusqu’au point de départ et prends une nouvelle direction qui m’entraîne vers une troisième grotte.

Je suis accueillie par un petit bonhomme en treillis et armé "jusqu’aux dents" (jusqu’à la dent : il n’en a qu’une !). Il me fait signe de m’approcher et me remet à nouveau une lampe torche et une batterie. Il m’indique d’un signe de la main le chemin à suivre. Un peu plus haut, un autre petit bonhomme me fait signe de m’approcher. Je me hisse sur les rochers pour le rejoindre, je grimpe ainsi sur quelques mètres. Il me montre l’accès de cette grotte cachée derrière un bouquet d’arbres. Un trou béant sur une galerie profonde. Je suis moins motivée, je m’engage dans les couloirs glissants car il y a de la boue au sol et contre les parois. Au bout de cinq minutes, je ressors pour rejoindre le petit bonhomme en treillis. Il est assis sous la tonnelle, à côté de lui un dictionnaire Lao-Anglais qu’il est entrain d’apprendre par cœur. Il me fait signe de m’asseoir près de lui, il souhaite que je l’aide dans la prononciation. Durant une vingtaine de minutes, à tour de rôle et au milieu de fou-rires, nous répétons les mots lui en anglais et moi en lao. Puis avec une chaleureuse poignée de main et un large sourire édenté, il m’indique comment retourner au village.

Arrivée à l’hôtel, je m’apprête à prendre une douche car je suis particulièrement crotteuse : pas d’eau. J’expose mon problème à la tenancière qui m’explique que c’est normal. Je suis quitte à retourner à la rivière pour me laver. L’eau est fraîche, mais il ne faut surtout pas la remuer car toute la vase remonte à la surface. Le soir venu, je pars la découverte de Vian Vieng qui rassemble plus de routards que de locaux.


Sur la rivière Nam Song

Mercredi 12 février 2003 : VIAN VIENG (Laos)

Petit-déjeuner servit avec du pain et un café Lao (deux cuillères de chocolat, deux cuillères de lait concentré sucré et du café). J’enfourche ma bicyclette que j’ai loué de grand matin, passe le premier pont et le deuxième à péage...

Je quitte le dernier village et roule cheveux au vent le long du chemin de terre rouge qui s’enfonce dans la campagne. Un panneau m’indique la direction de la grotte Tham Poukhan (6 km). Je pédale à vive allure sous un soleil de plomb, il est bientôt 11:00. Au bout d’une heure et demie, un nouveau panneau m’annonce que j’arrive bientôt à la grotte. Je sors du chemin pour prendre un sentier sur la droite qui se perd entre les bananiers et les manguiers sauvages. Le sentier devient de plus en plus accidenté. Une demi-heure plus tard, je croise un homme accroupi sur le bord de la route taillant du bambou. "Sawadi !". Je continue de pédaler, les cailloux sont de plus en plus gros, je m’enfonce dans la jungle qui se referme derrière moi.

Au bout d’une dizaine de minutes, je suis obligée de laisser la bicyclette pour continuer à pieds. Je grimpe à travers les arbres morts et les rochers, tout en suivant le fléchage indiqué par des sacs en nylon accrochés aux branches. J’arrive enfin devant un petit jardin d’Eden où un homme avec ses deux enfants sommeillent ; c’est le gardien de la grotte. Il me remet une lampe frontale et une batterie en m’indiquant la direction à prendre. Au fond de la caverne, un gros rocher ferme en partie l’accès d’un tunnel où je me hisse avant de poursuivre mon exploration. Puis une nouvelle salle, puis de nouveau un tunnel étroit qui remonte légèrement où je me glisse tant bien que mal pour arriver dans une grande salle abritant un superbe bouddha couché. Je prends une photo avant de rebrousser chemin.


Deux petites coquines

A ma sortie de la grotte, j’ai de la terre rouge de la tête aux pieds, je pars à la recherche du fameux lac à l’eau limpide, je vais errer dans la zone durant une petite heure, sans rien trouver - il a dû s’évaporer depuis la sortie du guide - avant de reprendre le chemin du retour.

Après avoir longé la rivière, je m’installe sur un petit coin d’herbe à proximité d’une femme en sari lavant son linge. Je me déshabille et me lave énergiquement. Quelques minutes plus tard, la jeune femme se dévêtit à son tour et commence également sa toilette. Nous échangeons quelques regards et quelques sourires. Puis elle s’en va. Je reste seule sur ce nid de verdure à contempler l’eau qui roule tranquillement lorsque quatre jeunes garçons entre 12 et 15 ans arrivent avec leurs cannes à pêche et m’encerclent.

Ils discutent entre eux tout en chahutant. L’un réussit à prendre mon miroir posé devant mes pieds. Ils se le passent de main en main tout en faisant des singeries avant de me le rendre. Puis c’est le tour de l’appareil photo que j’arrive de justesse à récupérer. Je leur propose de les photographier, et leur indique comment ils doivent se placer, aussitôt ils se mettent à faire les pitres et se positionnent devant l’appareil. Je ne suis pas très confiante car je les trouve trop hardis.Je me rhabille le plus discrètement possible avant de m’éclipser presque l’air de rien. Alors qu’ils se taquinent, j’enfourche ma bicyclette et prends la poudre d’escampette. "Bye Bye !" Les enfants se lèvent et partent en courant derrière moi. Au bout d’un petit quart d’heure de course, je finis par les semer. Ouf !

Je prends la direction de la grotte de Tham Chang (la cinquième). Au bout d’un kilomètre, j’arrive devant un grand parc qui s’ouvre sur un monastère et son temple. Je laisse mon vélo et longe le chemin bordé de palétuviers rouges, jaunes et roses. J’arrive au pied d’un immense escalier (plus de 280 marches) qui m’entraîne vers une large grotte aménagée où préside un grand bouddha assis. Au pied de la grotte, sous les rochers, un torrent à l’eau limpide alimente un petit lac où j’éprouve un grand plaisir à me baigner. Un vrai délice dans cette chaleur tropicale !


Barques de pêcheurs

jeudi 13 février 2003 : LUANG PRABANG (Laos)

Il est 8:00, je m apprête à monter dans le bus pour Luang Prabang, mon sac a été hissé sur le toit avec sacs de farine, sacs de riz, paniers de légumes... Je ne suis pas très rassurée, mais je n’ai apparemment pas le choix. Le car est un vieux coucou qui a déjà bien vécu, un tas de ferraille ambulant. D’autres passagers montent dans le car, pour l’instant que des routards, une Française, un couple de Suisse, un Anglais et deux Hollandaises…. et trois du pays. Il est 9:00, le car attend toujours d’être rempli pour partir….

10:00 en désespoir de cause, le bus se met à démarrer tout doucement. Aujourd'hui, il n’a pas réussi à faire le plein alors que d’habitude, il est surpeuplé... La semaine dernière, sur cette même ligne, entre Vian Vieng et Luang Prabang, le bus a été attaqué par une bande armée. Dix locaux et deux français ont été assassinés. Il paraît qu’il s’agit d’un règlement de compte (quelques lignes dans le quotidien du Laos).

Je suis installée à l’arrière du bus et près de la porte. Ce n’est pas le meilleur endroit, car je ressens tous les soubresauts mais j’ai de la place pour mes jambes. À l’approche de chaque village, le bus ralentit pour prendre quelques paysans des tribus environnantes lorsqu’un petit homme, au dos courbé, vêtu de sa tenue traditionnelle monte dans le car avec deux gros paniers. Il s’installe à côté de moi et pose sous mes pieds (et les siens également) ses deux paniers où logent majestueusement deux gros coqs. Je lui adresse un : "Sawadi krabe." Il tourne ses petits yeux perçants vers moi et m’adresse un sourire édenté.Alors que je m’en mets plein les yeux avec les paysages qui défilent, je sens qu’il m’observe du coin de l’oeil. Je me tourne vers lui et l’invite à partager mon sandwich et le régime de bananes. Il préfère les bananes. Le voyage se passe tranquillement, "branle branlée" dans tous les sens, mais sans embûche et sans incident.

Il est 15:00, lorsque le bus nous dépose au terminal de Luang Prabang. Je me rapproche des autres routards pour négocier ensemble un tuc-tuc qui nous rapprochera du centre ville. Nous nous retrouvons à sept avec nos sacs dans le tuc-tuc. Étant bien chargée, je m’engouffre dans la première rue où sont indiqués des guesthouses. Je rentre dans un hôtel indiqué comme étant bon marché. La chambre est à l’étage et la douche au rez-de-chaussée. Je dépose mes affaires et descends me doucher. Ce n’est pas très ragoûtant, je garde mes mules pour me laver... Il est 17:00, la rue principale s’anime avec les artisans des tribus environnantes qui exposent leur travail et les cantines de rue qui installent leur spécialités sur des tréteaux. On peut se croire à une kermesse. Je me promène dans les ruelles éclairées par les échoppes. Je découvre une très jolie petite ville provinciale…


Fleurs de nénuphars, Jardins du Grand Palais

Vendredi 14 février 2003 : LUANG PRABANG (Laos)

Ici, c’est comme à Bangkok, les coqs sont en pleine forme à 4:30 du matin et à 5:30, c’est l’heure de la prière des bonzes… J’en profite pour me promener le long du Mékong. Une dizaine de mètres en contrebas, le long des berges, de gros bateaux, ressemblant de loin à des péniches, attendent d’être déchargés. De jeunes laotiens s’affairent, portant sur leur dos de lourdes charges qu’ils doivent remonter sur le quai. Je fais une halte déjeuner dans une cantine où je demande un café-lao qu’ils accompagnent d’un verre de thé sucré et d’une part de gâteau (espèce de beignet).

Il est 9:00, je choisis d’embarquer sur une de ces longues barques à moteur afin de visiter les grottes de Pak Ou. Je monte à bord d’une embarcation avec cinq autres touristes. Le moteur ne veut pas démarrer, ils ont oublié de mettre du carburant (ça commence bien !). La barque est à fond plat, nous nous retrouvons assis presque au niveau de l’eau et à tendance à pencher à droite. Je m’empresse de mettre mon gilet de sauvetage.

Nous quittons enfin le quai. Nous remontons tranquillement le Mékong, je peux observer la vie qui s’organise au bord du fleuve. J’aperçois au loin quelques pêcheurs et quelques orpailleurs... Nous faisons une halte à Ban Xouhai, le village des jarres où les paysans distillent du riz pour faire l’alcool de riz (lao-lao). Nous accédons au village par des marches taillées dans la roche de la falaise. Après une rapide promenade dans le village, le bateau poursuit sa route jusqu’au pied d’un escalier de pierres qui nous conduit à la grotte de Vat Thamg Ting (la grotte des stalactites). Dans la première, une centaine de bouddhas de toutes tailles nous observe... Je poursuis mon ascension vers la deuxième, située beaucoup plus en hauteur, la grotte de Vat Than Poum (la grotte du centre). Éclairée d’une bougie, je découvre au fond de la grotte le bouddha au gros ventre et, dans les cavités, des tonnes de bouddhas de toutes tailles.

Sur le chemin du retour, nous sommes pris par un gros orage. J’ai juste le temps de sortir mon poncho que je suis déjà trempée. Le bateau prend aussitôt de la vitesse afin d’arriver le plus rapidement possible. Tout le monde prie pour que le vent ne se lève pas car le bateau fuit de partout… Arrivés enfin sur le quai, nous ne pouvons que constater les dégâts de l’orage : les rues et les trottoirs sont gorgés d’eau et de boue. La population habituée, se contente de nettoyer, laver, trier, ranger, sécher tout ce qui est récupérable… et tout en conservant le sourire.

Je rentre à l’hôtel me changer avant de retourner rôder dans la ville. Luang Prabang compte une multitude de temples tous aussi beaux et intéressants les uns que les autres. Le soir venu, je monte au Mont Phousi pour attendre le couché de soleil et jouir d’une superbe vue sur tous les édifices de la ville…


Sur le marché

Samedi 15 février 2003 : LUANG PRABANG (Laos)

Je viens de passer ma deuxième nuit dans cet hôtel qui me déplaît fortement et, en plus, aujourd’hui, il pleut. Je vais voir la tenancière pour régler ma deuxième nuitée, lorsqu’elle me demande d'en régler deux. Je suis convaincue d’avoir déjà payée la première, malheureusement j’ai oublié d’exiger un justificatif, c’est sa parole contre la mienne, je cède. Je ne veux pas rester un jour de plus ici. Je pars à la recherche d’une autre guesthouse que je trouve dans une rue parallèle. Même budget mais avec trois douches sur le même palier et… propres. Dans la foulée, je déménage et le soleil revient à nouveau.

Un peu plus haut dans la rue principale, je trouve une bicyclette à louer pour la journée. Première visite, l’ancien palais royal et musée. Pour les Laotiens, l’ancien palais royal est moins important que la précieuse relique qui s’y trouve : le bouddha d’or fin. Je me glisse derrière un groupe de français pour profiter de la visite guidée des salons, des salles de réception du roi, de la salle-à-manger, de la chambre-à-coucher de la reine et de celle du roi, de la salle des protocoles ou de grands panneaux représentant des scènes de la vie villageoise Lao. Je poursuit ma visite dans le parc où s’élève la statue du roi Sisavang Vong, réplique de celle de Ventiane ainsi qu’un temple de construction récente.

À califourchon sur ma bicyclette, je longe la rivière Nam Ou qui se jette dans le Mékong. Sur la rive opposée, des jardins en terrasse ; au fond, dans la rivière, des enfants s’amusent avec de gros boudins. Ils se laissent glisser jusqu’à l’embouchure à la hauteur du Pak Ou. Ma bicyclette n’est pas terrible, les freins doivent être en option au Laos. Je dévale la descente à toute vitesse, rebondis sur les nids de poules. Je m’attends au pire car je n’arrive pas à freiner. Sur mon passage, les gens se retournent étonnés. J’arrive à une intersection, je prie pour qu’il n’y ait personne…

Ouf ! ce n'est pas mon jour ! La route remonte légèrement, je réussis enfin à m’arrêter. Je continue en direction du pont en fer pour rejoindre un temple, que j’ai repéré du Mont Phousi, le Vat Manorem. Arrivé au pied du temple, un étale de fruits et de beignets où je fais une halte dégustation. Il est 17:00, il faut que je rende ma bicyclette.

Une bonne heure de route avant de retrouver la rue principale. La ville s’anime, les commerçants installent leurs bancs pour le marché du soir. Je rentre dans ma guesthouse pour me rafraîchir avant de refaire mon tour de ville et grappiller un bon dîner sur les étales gourmands. Rassasiée, je retourne à l’hôtel où je fais connaissance avec Roger, un Canadien, la trentaine, beau comme un dieu, éducateur-psycho qui termine son tour du monde. Très sympa, nous restons bien deux heures autour d’une bière-lao à échanger nos impressions et nos projets.


L’aumone des moines

Dimanche 16 février 2003 : LUANG PRABANG (Laos)

3:00 : ça discute fort dans la rue.
4:00 : il y a du remue-ménage dans la maison d’en face, chez les bonzes.
4:30 : les coqs s’y mettent.
5:30 : une dizaine de coups de gong appelle les jeunes bonzes pour la prière.
5:45 : je me lève et descends dans la rue.
Il fait encore nuit et la ville est déjà très animée. Les femmes, un petit panier d’osier dans une main, un sac de victuailles dans l’autre s’installent sur le trottoir d’en face. Les tuc-tucs se suivent à la queue leu leu déposant des passagers… Une femme Lao me fait signe de la suivre de l’autre côté de la rue. Je m’installe près d’elle et j’attends… Alors que le soleil commence à poindre derrière les maisons, je vois arriver, du bout de la rue, une centaine de bonzes tenant une bougie dans une main, défilant les uns derrière les autres devant les femmes et les hommes agenouillés. Chacune leur remettant les victuailles préparées et les petits paniers remplis de riz gluant. J’apprends que les moines font l’aumône pour se nourrir et que, toute la population se sent très concernée. C’est à travers ce rituel que j’ai pu percevoir l’importance de la spiritualité de Luang Prabang et à travers le Laos.

Après cet intermède, je retourne dans ma chambre pour un brin de toilettes avant d’aller m’enfermer dans un cybercafé. Le ciel est superbement bleu, le soleil brille de tous ses feux lorsque je sors de mon café. Je rejoins le parc de l’ancien palais du Roi pour lézarder au bord du lac aux nénuphars et écrire ces quelques lignes.


Vat Ma Lang, jardin du Grand Palais

De retour à l’hôtel, Robert m’informe qu’il y a une petite cérémonie dans les temples de la ville en l’honneur de la naissance de Bouddha lors de la pleine lune. Une bonne douche et je redescends pour picorer quelques spécialités locales : saucisses sucrées (bof!), des œufs durs dans un bouillon parfumé au caramel (bof, bof !), un espèce de gratin, du moins ça en a la consistance et la présentation, mais c’est froid et très bizarre !!! Heureusement , je me rattrape sur des brochettes de poulet qu’accompagnent des brochettes de fruits (j'ai évité de justesse la sauce aux piments). Un peu plus loin, du chien laqué (comme le canard). On voit distinctement la tête, les pattes et les différentes parties du corps. Après cette note gastronomique, je me dirige vers le temple le plus proche.

Les préparatifs de la cérémonie sont en cours. En attendant, le début des festivités, je m’installe à côté de deux anglais (le père et le fils) et un couple de Niçois. Au bout d’une heure et demie de patience, on voit arriver des locaux avec des bougies et des fleurs. À l’intérieur du temple, les lampions s’éclairent. Une grande écharpe blanche leur barrant le torse, les jeunes bonzes se rassemblent avec une bougie et des fleurs dans les mains. Les dix coups du gong appellent les moines et les fidèles. Nous armons nos appareils photos.

La voix du maître s’élève. Les bonzes sont agenouillés à l’intérieur du temple devant bouddha. Le maître prononce des ovations sans s’arrêter durant un premier quart heure, puis les bonzes, tout en restant agenouillés, font un quart de tour. Le maître reprend ses ovations durant à nouveau un quart heure puis s’arrête, les bonzes font un deuxième quart de tour et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils aient effectués un tour complet.

Durant toute cette partie de la cérémonie, à l’extérieur du temple, la population reste agenouillée, les visages éclairés par la lueur des bougies qu’ils tiennent dans leurs mains jointes. Les prières terminées, les bonzes et toute la foule se lèvent. En rang par deux, tendant leurs bougies vers le ciel, les bonzes sortent du temple, rejoints par la foule et par moi-même.Nous faisons trois fois le tour du temple avant de nous perdre dans la nuit…


La Rivière Name Kame

Lundi 17 février 2003 : VENTIANE (Laos)

Station bus Luang Prabang, cela fait une heure que nous attendons. Le bus est archi-bondé de locaux avec paniers, légumes, poissons, poulets, salades et six touristes, dont moi. Il est 9:00 (au lieu de 8), lorsque le chauffeur se décide enfin à démarrer dans un nuage de poussière...

Le voyage est particulièrement long, certains voyageurs sont malades (je comprends pourquoi il y a autant de sacs plastique en bordure des routes). Nous faisons quatre petits arrêts pipi où les femmes, sans complexes, s’installent à côté du bus pour faire leurs besoins, et un arrêt casse-croûte dans une cantine de village. A mi-chemin une famille avec cinq jeunes enfants d’une tribu des environ de Vian Vieng monte dans le bus. La jeune femme s’installe avec son bébé à côté de moi. Intriguée par ma présence, elle m’observe du coin de l’oeil, touche ma montre, mon appareil photo. Le voyage durera onze heures. Il est 20:00 lorsque nous arrivons à Ventiane. Demain, je poursuivrai ma route vers les plages du Grand Sud de la Thaïlande.


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