Thailande

THAÏLANDE

Population : un peu plus de 61 millions d'habitants.
Superficie : 513 115 Km2 (à peine plus que la France).
Capitale : Bangkok (près de 10 millions d'habitants).
Langues : le thaï (langue officielle), le chinois et l'anglais.
Monnaie : le baht (Bts).
Nature du régime : monarchie constitutionnelle à tendance autoritaire.
Chef de l'État : le roi Bhumibol Adulyadej.
Premier ministre : M. Thaksin Shinawatra.

Samedi 11 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

16:00, heure locale (soit 10:00, heure française), nous atterrissons sur l'aéroport international de Bangkok. Direction l'office du tourisme, pour obtenir des infos sur la localisation de l'auberge de jeunesse et avoir un plan de ville. Je suis leur conseil : prendre un taxi. Pas de chance : c'est… une limousine ! Ça jure pour arriver dans une auberge de jeunesse à 120 Bts la nuit (2,80 dollars), la limousine 650 Bts (soit le prix de 5 nuits d'hôtel). Mon budget journalier en Thaïlande est de 20 dollars/jour, j'ai intérêt à être très vigilante si je ne veux pas le dépasser. Pour vous donner un rapport : 50 Bts = 1 dollar = 1 euro.

L'aéroport est situé à 25 km de Bangkok. Je savoure ces derniers moments de luxe, confortablement installée dans mon carrosse. Arrivée au Youst Hostelling International, et après quelques formalités d'usage, une sympathique jeune Thaïlandaise me remet une taie et un drap housse pour que je puisse faire mon lit dans le dortoir… C'est un dortoir pour filles avec huit couchages. La chambre est très rudimentaire : des lits en fer avec des matelas de mousse, des toilettes avec une douche et la clim, ouf !
Ce soir, je resterai tranquillement à l'hôtel afin de prendre mes marques et préparer ma journée de demain.


Bouddha d’Or Bangkok

Dimanche 12 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

La nuit a été entrecoupée par les allées et venues de mes voisines de chambre. Je me réveille à 4:30 au chant du coq, et c'est le cas, car dans Bangkok il y a plein de coqs, et à 4:00, ils sont en pleine forme. Il est 6:00 lorsque je sors de mon lit, je descends prendre un petit déjeuner américain (French Toast) et converse avec un des jeunes responsables. Début d'apprentissage de la langue thaïe : "Sawat di lai kha" (bonjour mademoiselle). Programme de la journée : visite de la ville à pied.

À peine ai-je mis le nez dans la rue, qu'un tuc-tuc me repère et me propose une visite pour 20 Bts. Après petite discussion autour du plan de ville, c'est OK ; je grimpe à l'arrière de la caisse de sa moto et en avant, "fend la bise", au milieu de la circulation (ici on roule à gauche). Il se faufile entre les voitures (en général assez récentes). Je découvre la vie tumultueuse de Bangkok. Nous faisons une première halte au Wat Benjamabopitr, temple de marbre qui date du début du siècle dernier, situé à l'angle de Sri Ayutthaya Road et de Rama V Road. Après la visite, mon chauffeur me propose de profiter du dernier jour de remise de 40% sur les bijoux à la fabrique ; je lui réponds que je n’en ai rien à faire. Nous continuons notre route et nous nous arrêtons au Wat Rajathiwat. (Wat = Monastère bouddhique). Dans l’enceinte du temple, je rencontre un Français, après une rapide présentation, il me parle également de cette super vente de bijoux, puis s’en va. Je remonte derrière le tuc-tuc et nous poursuivons notre route direction Anantasamalom Throne Hall. À mi-chemin, mon chauffeur prétexte qu'il a faim pour s’arrêter devant son fameux grossiste en bijoux et m'assure, qu'il en a juste pour 20 minutes. Me voilà dans la boutique. À peine entrée, je suis talonnée, si bien que je ressors immédiatement et fait mine de rentrer à pieds. Mon chauffeur arrive en courant et nous repartons. En cours de route, il me montre vaguement quelques monuments de loin, puis s'arrête à nouveau devant un autre magasin en insistant pour que je rentre "uniquement pour le plaisir des yeux". Je fais un petit tour dans la boutique où, bien entendu, je suis talonnée, et ressors aussi sec. Je prie vivement mon chauffeur de me ramener à l'auberge. Il le fait avec mauvaise grâce. Arrivé sur place, il ne me demande plus 20 Bts mais 40 Bts, fatiguée je finis par lui en donner 30.


Wat Arun Bangkok

Après un déjeuner sur le marché, soupe de légumes au porc, je reprends ma visite, mais à pieds. Je descends l'avenue Ratchadamneern-Nork en direction de Democracy Monument. En face du Wat Ratchanada, je suis abordée par Tuong un Thaïlandais d'une quarantaine d'années. Il me propose de me faire visiter la ville car il est en vacances et qu'il n'a rien à faire. Je lui réponds que je suis d'accord à condition que cela soit gratuit. Ok ! Nous voilà partis, nous visitons Wat Pho. Situé dans un espace de verdure, c’est un ensemble de temples dont le principal contient le célèbre Bouddha couché, édifié par Rama 1er au XVIII siècle ; c'est le plus vieux et le plus grand temple de Bangkok. Nous prenons la voiture de Tuong pour rejoindre Wat Arun, de l'autre côté de la rivière de Chao Phraya, le site est superbe et calme, un havre de paix dans cette ville en ébullition. Comme il est en vacances pendant une semaine, Tuong se propose de me servir de chauffeur moyennant le paiement du carburant. La proposition semble honnête, à réfléchir… Nous poursuivons notre balade dans le parc, au bord de la rivière lorsque, sur un banc, je croise un boa ???? et oui, un boa en train de se faire bronzer, le maître n’est pas loin, mais quand même. En fin d'après-midi, Tuong me ramène à l'auberge et me donne rendez-vous pour demain matin avec au programme The Floating Market à Damnoen Saduak.


Marché flottant Damnoen

Lundi 13 janvier 2003 : DAMNOEN SADUAK - KANCHANABURI Ouest de Bangkok (Thaïlande)

Il est 9:00, lorsque je retrouve Tuong devant l'hôtel. Après avoir fait le plein de carburant, nous prenons la direction de Damoen Saduak, situé à une centaine de kilomètres de Bangkok. Cette petite ville est réputée pour son marché flottant assez touristique. Nous faisons une halte à mi-chemin, à Samut Saklon, où Tuong en profite pour déjeuner (les Thaïlandais mangent à toute heure de la journée). Nous arrivons vers 11:00, Tuong se dirige directement vers un embarcadère où je règle 700 Bts pour une balade en pirogue à moteur. Je suis seule à bord avec le chauffeur. Nous naviguons à travers la campagne avant de rejoindre le village. Il s agit d'un marché flottant unique où les femmes, coiffées d'un chapeau de bambou traditionnel, vendent leurs marchandises en pirogue. Les pirogues sont chargées de fruits et de légumes multicolores ; quelques-unes trimbalent de petites cantines flottantes. Tous les échanges se font sur l'eau, de pirogue à pirogue. Nous nous aventurons dans des canaux moins fréquentés où je découvre de charmantes maisons fleuries plantées au bord de l'eau. Il est 13:00 lorsque je retrouve Tuong. Nous reprenons la route en direction Kanchanaburi et la rivière Kwaï.

Le pont de la rivière Kwaï. En 1942, l'armée impériale japonaise ordonna la construction d'une voie de chemin de fer qui devait relier le Siam à la Birmanie. 30 000 prisonniers occidentaux et 100 000 travailleurs asiatiques œuvrèrent à ces 415 km de voie ferrée au prix d'incroyables souffrances. Le pont fut bombardé une dizaine de fois, mais le gouvernement thaï décida de restaurer cette ligne pour attirer les touristes.


Le Pont de la rivière Kwai

Tuong me dépose à l'entrée du musée JEAATH (initiale de Japon, England, America et Australia, Thaïlande et Holland), situé dans le centre, à proximité de la rivière. La visite se fait dans le recueillement. Les photos d'époque et gravures me laissent imaginer les incroyables souffrances que purent endurer les prisonniers de guerre pour la construction du chemin de fer…

Pour rejoindre le pont de la rivière Kwaï, deux solutions : à pied ou en bateau. Il fait très très chaud, je choisis le bateau. Étant seule, il faut que je négocie avec le propriétaire d'un de ces bateaux à longue-queue, appelé ainsi à cause de la tige extrêmement longue qui relie le moteur à l'hélice. J'arrive à faire tomber le tarif de 500 Bts à 300 Bts pour l'aller-retour. À fond les gaz, nous remontons durant une quinzaine de minutes la rivière. En plus du paysage sublime des rizières, je peux admirer la dextérité avec laquelle, le pilote conduit son bateau. Arrivée à destination, je rejoins le pont et le franchis au milieu d’une foule de touristes… On peut dire qu'il est (presque) d'époque, les planches sont à moitié vermoulues ; certaines ne tiennent que par quelques clous par ci et par là. Après une petite balade sur les hauteurs, je m'empresse de rejoindre mon pilote. De retour, je retrouve Tuong, qui s'impatiente : il boude.

Nous reprenons la direction de Bangkok, une halte à Nakon Pathon pour manger un bout et admirer le plus haut chedî (ou stupa) du monde d’une hauteur de 120,50 m, entièrement recouvert de tuiles vernissées de Chine. Tuong commence à se détendre un peu, mais la conversation est de toute façon difficile et la centaine de kilomètres de bouderie, m'a sérieusement agacée. Nous arrivons à Bangkok vers 19:00. Je remercie Tuong de la journée et lui explique que je préfère poursuivre mes visites en bus ou en train. Nous nous quittâmes sur une bonne poignée de main car en Thaïlande, on ne se fait pas la bise.


Wat Nakhon Pathom

Mardi 14 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Dans ma chambre, puis au petit-déjeuner, je rencontre des voyageurs et voyageuses de toutes nationalités ; j'en profite pour me lancer dans des conversations avec mon anglais très primaire… La plus part ont entre 20 et 30 ans, en général ils arrivent à deux venant d'Angleterre, USA, Uruguay, Japon, Australie, Taïwan, Brésil, Canada, Australie : beaucoup de "tourmondistes" (comme moi !). C’est extrêmement enrichissant, chacun essaie d’aider à sa façon en échangeant des tuyaux, des adresses, des conseils….

Ce matin, j'ai fait la connaissance d'un habitué, français (pour une fois), cheveux longs et barbe blanche, casquette à l’américaine. Il me propose de l'accompagner à travers la ville afin de me faire découvrir diverses petites astuces. Nous commençons par un petit-déjeuner dans une cantine (soupe de champignons avec des trucs bizarres ???) avant de prendre le bus 72 puis le 14 et rejoindre l'alliance française. À l'alliance française, nous trouvons des magazines et des journaux français ainsi qu'une belle bibliothèque où l'on trouve Gavroche, le magazine des Français de Bangkok. Nous rencontrons des étudiants Thaïlandais apprenant le Français. D’ailleurs, à diverses reprises, je suis abordée par des jeunes pour des traductions de mots. Mon compagnon s'installe à une table pour lire les dernières nouvelles venant de France. En effet, ce charmant monsieur est un semi-résident. S'étant retrouvé au chômage puis en pré-retraite, Michel a décidé de vivre six mois en France et six mois en Thaïlande pour des raisons économiques et… pour le soleil.

Lorsque sa lecture fut achevée, nous partons déjeuner dans une de ses bonnes petites adresses pour 10 et 15 Bts où nous faisons un vrai repas. Au gré de nos envies, nous déambulons dans la ville, je sens qu'il a plaisir à me faire découvrir sa vie et cette ville qu'il aime. Bangkok est immense, il est pratiquement difficile de se déplacer à pieds ; aussi, nous allons de bus en bus, d'un quartier à l'autre jusqu'à Democraty Monument. C'est une place imposante avec un gigantesque monument (laid) au centre. De là, à la nuit tombée, nous rejoignons une petite rue, Khao San Road (quartier Banglampoo), le lieu de rendez-vous depuis plusieurs décennies de tous les routards qui viennent en Thaïlande. Atmosphère nonchalante et baba cool, nombreux petits restos bons marchés où chaque guesthouse rivalise avec la sono de sa voisine. Ici, on y trouve de tout, des billets tour du monde (ras les pâquerettes), du billet de bus pour les îles du sud au simple transfert d'avion, des tatoueurs minutes, des vendeurs de cassettes et CD pirates, des souvenirs, des T-shirts, des parfums d'on ne sait où…. La rue est très animée, nous choisissons notre repas parmi les échoppes et nous nous asseyons sur une marche d'escalier pour dîner… Il est 22:00, nous rentrons à l'auberge pour se retrouver chacun dans son dortoir.


Le Grand Palais Bangkok

Mercredi 15 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Au moment de quitter l'hôtel, je suis accostée par de jeunes étudiants Thaïlandais en train d'apprendre le français. Durant une petite heure, je leur fais quelques traductions anglais-français (attention les dégâts) en contrepartie, ils me donnent quelques tuyaux pour sortir de la ville à moindres frais, car demain, j'ai prévu d'aller à Rayong. Je fais également la connaissance d'un couple français d'une quarantaine d'années, habitué à vivre six mois de l'année sur un voilier. Ils ont décidé de voyager autrement car ils ont vendu leur voilier pour un gîte dans les Alpes du Sud.Puis je retrouve mon compagnon de la veille, Michel, qui s'apprête à prendre la route pour la Malaisie afin de reconduire son visa sur trois mois.

Il est pratiquement 10:30 lorsque j'arrive enfin à quitter l'auberge. Je prends la direction de la rivière afin de m'embarquer sur l'un de ces bateaux "Chao Phraya River Express", ces grosses vedettes qui montent et qui descendent le long du fleuve Chao Phraya. En cours de route, je redécouvre le Wat Rajathiwat, traverse le marché aux fleurs avant d'arriver au pont d'embarquement. Je suis immédiatement abordée par les rabatteurs qui m'invitent à prendre un de leurs bateaux, je les remercie avec mon plus charmant sourire et monte dans la navette populaire. C'est l'heure de pointe, elle est bondée de monde, je désigne sur la carte ma destination à la vendeuse de tickets (7 Bts) : Le Grand Palace. Arrivée au point de débarquement, je quitte le bateau au milieu de la foule. Apparemment, c'est la destination privilégiée !


Dans l'enceinte du Grand Palais

Sur la berge, marchands de souvenirs, cantines ambulantes aux odeurs savoureuses nous attendent. Je me faufile entre les échoppes, entraînée par le flot de touristes et bientôt, j'arrive aux portes du Palais. À plusieurs reprises, des passants me font signe que ma tenue n'est pas correcte (j'ai un bermuda et un tee-shirt à bretelles). En effet, devant la grande entrée, un panneau : "tenue correcte exigée (épaules et jambes couvertes)". Une halte rapide dans la boutique d'en face où je trouve pour 160 Bts une chemise qui me convient. Je rejoins l'entrée pour prendre mon ticket, c'est un peu cher 200 Bts (mais on a droit à deux entrées pour le prix d'une et en plus c'est valable 7 jours !). À l'intérieur du Grand Palais, je trouve le palais lui-même, les dépendances, ainsi qu'un ensemble de temples dont le Wat Phra Kaeo, le temple bouddhique le plus fameux de la Thaïlande, édifié pour accueillir le bouddha d'Émeraude. D'une beauté flamboyante, je suis surprise par le méli-mélo de monuments divers, par les styles qui se mélangent ou rien ne paraît vieux. La visite durera plus de trois heures et pourtant je n'ai pas pris le temps de lire un seul panneau descriptif, pour cause, ici, le Français, ils ne connaissent pas.

Enfin, je sors du Grand palais, j'en ai plein les pattes et j'ai une grosse "fringale". À l'intérieur du site, il est bien prévu une petite restauration mais…. le tarif est à la hauteur de leur prix d'entrée. Après avoir contourné le Grand Palais par le parc public, je rejoins enfin l'embarcadère noir de monde. Une petite halte devant une cantine pour déguster une brochette de foies de volailles et des pattes de poulet. Je commence à manger, mais j'ai un gros doute… il fait tellement chaud… De retour à l'auberge, je consulte internet. Je suis très heureuse, j'ai enfin des nouvelles de mes enfants et un petit mot sympa de mes amis.

Le couple de Français rencontré ce matin me propose d'aller dîner avec eux, je les suis avec plaisir. Nous nous installons dans une gargote pour dîner et papoter tard dans la nuit.


La plage de Ban-Kon-Ao

Jeudi 16 janvier 2003 : RAYONG Sud-Est de Bangkok (Thaïlande)

Levée 6:30. Harnachée de mes deux sacs, je prends le bus 72 jusqu'à la Station Terminal Est (1:30 de trajet), et remonte dans un autre bus pour Rayong (coût du trajet : 116 Bts). Située à environ 170 km au Sud-Est de Bangkok, Rayong est une petite ville bouillonnante, beaucoup moins aguicheuse et beaucoup plus discrète que sa voisine du nom de Pattaya. Très peu fréquentée par les touristes, elle est pourtant le passage (presque) obligé pour rejoindre l'île de Ko Samet.

Nous venons à peine de quitter la station de bus, que le jeune homme assit à côté de moi engage la conversation. Il s'appelle Young, à 24 ans, deux frères et une sœur, travaille sur l'île de Ko Samet comme vendeur, etc, etc… Je n'arrive pas à régler la clim. au-dessus de ma tête et je commence à me geler. Le bus est plus confortable que le bus de ville, mais j'ai le dos en marmelade (et il y a bien au moins 3 heures de route, ça promet !). Il nous faut une heure pour sortir enfin de Bangkok. En effet, Bangkok est une ville très étendue avec une circulation chaotique, exténuante et une pollution extrême… Bientôt, les maisons aux toits de chaume défilent puis, surgissent entre les pins le long de la route, des temples dorés. Nous finissons par somnoler…

Il est 12:00, lorsque le bus bifurque dans la rue principale du centre ville pour rejoindre la Station terminale à côté du marché. Comme à Bangkok, la ville s'agite, j'ai l'impression d'arriver dans le "Juan les Pins" de la Thaïlande, des bouées multicolores flottent au vent rappelant que la mer n'est pas loin. Young me demande si je poursuis ma route avec lui jusqu'à Ko Samet. "Non, désolé, j'ai déjà réservé une chambre à l'auberge, dommage !"


Auberge de jeunesse de Ban-Kon-Ao

À peine descendue du bus, une horde de chauffeurs m'entoure. Mon sac est arraché de mes mains et balancé à l'arrière d'une camionnette. "Hé ! ça ne va pas ?" "Où allez-vous ? "Je vous emmène, 300 Bts". Mes sacs sont lourds, je sais que je n'ai pas le choix, l'auberge est à environ une vingtaine de kilomètres. "Non, trop cher 150 Bts"… Au bout d'une dizaine de minutes, j'accepte pour 200 Bts... Le chauffeur, la cinquantaine, très gai, discute allègrement dans un anglais façon thaï tout le long du trajet. Une demi-heure plus tard, la camionnette quitte la route principale qui longe la mer, pour s'enfoncer dans un petit chemin avant de stopper à proximité d'une grande maison ouverte aux quatre vents. Une charmante petite dame s'avance vers moi, empoigne un de mes sacs qu'elle se met sur les épaules et me guide vers une chambre sous les toits de l'autre côté de la maison. Brut de ciment, deux lits en fer avec un cabinet de toilettes servant de douche et, un ventilateur au plafond ; la chambre est très rudimentaire et à peu près propre. 150 Bts la nuit, il ne faut pas trop en demander surtout en bord de mer. Néanmoins, je commence par balancer une bonne dose d'insecticide dans toute la pièce, sous le lit, dans le lit, partout. Après m'être installée, je fais un tour de l'établissement (il semblerait que je suis la seule cliente aujourd'hui !)… avant de partir à la découverte de la région…

La plage est immense et totalement déserte, des panneaux indiquent des courants très violents ; je marche dans l'eau depuis une bonne heure avant d'arriver au village de pêcheurs. Je m’approche d'une maison où l'on fabrique des nasses en bambou. Les enfants s'affairent alors que les parents se reposent, allongés dans des hamacs. Leur maison est faite avec des taules rouillées. Malgré la pauvreté, ils sont plein de joie de vivre, nous communiquons avec le sourire et le langage des signes. Le chef de famille m’invite à m'approcher et me demande (en thaï) avec un large sourire, si je veux leur donner un coup de main et tout le monde éclate de rire. Je m’avance vers eux leur demandant la permission de les prendre en photo, ils acceptent volontiers et toute la famille se met en place devant l’objectif... Je reste une dizaine de minutes à discuter (tant bien que mal), puis après les avoir remerciés, je poursuis mon chemin vers une autre maison... lorsque...


Village de Ban-Kon-Ao

D'une cuisine de plein air à l'abri sous une espèce de véranda, une femme d'une trentaine d'années, l'air revêche, surgit. Je devine qu'elle me demande ce que je veux d'un signe de la tête. Je lui réponds en anglais : "C'est joli ici". Elle me demande : "Vous voulez manger ?" Je me dis pourquoi pas ; je commence à avoir faim et l’endroit à un certain charme. "Oui, je veux bien". Elle se baisse pour sortir un poisson d'une grande bassine remplie de glace et me le montre. "Un poisson avec une bière, ce sera parfait". Elle m'installe à une petite table vermoulue, en face de la mer, qu'elle débarrasse d'un rapide coup de chiffon, des détritus qui la recouvrent. Au bout de quelques minutes, elle m'apporte le couvert et une grande bouteille de bière bien fraîche, puis un gros plat de crevettes et de la glace. Surprise, je n’en demande pas tant, mais je ne veux pas la froisser, pensant qu'elle veuille simplement me faire plaisir. Je déguste tranquillement mes crevettes lorsqu'une petite fille dépose du riz sur la table. Puis vient le poisson … puis une soupe qu'elle me sert d'office en m'invitant à la goûter.

Commençant à sentir le piège, je lui explique que je n’ai plus faim. Tout en me levant, je lui demande la note. Je me dis qu'il doit y en avoir pour 100 Bts, elle m’annonce 780 Bts, je refuse et lui sort un billet de 100 Bts. Elle me montre le détail de la note : 60 Bts la bière, 150 Bts les crevettes, 10 Bts le riz, 10 Bts les glaçons, 350 Bts le poisson, 200 Bts la soupe. Je lui ris au nez et lui fais remarquer qu'il n'est pas noté pigeon sur mon front, pose le billet de 100 Bts sur la table et lui dis que c’est ça ou rien. Elle se met à hurler afin d'ameuter tout le village. Effectivement, tout le village s’approche, elle continue à hurler et leur raconte en thaï, je ne sais quoi. Les gens me fixent et attendent. Je demande : "Est-ce-que quelqu'un parle anglais ?". Un jeune homme d’une vingtaine d'années s'approche de moi, je lui donne ma version des faits, il sourit et s'adresse à la femme. Apparemment, elle ne veut rien savoir et continue à hurler. Pour montrer ma bonne foi, je lui remets le billet de 100 Bts devant tout le monde qu'elle refuse en poussant encore des cris. Les gens commencent à sourire. Je m'impatiente et lui rappelle que c’est ça ou rien car elle est une voleuse. Une femme me fait signe de m'approcher, m'invite à m'asseoir dans sa maison. Elle m'explique en anglais que son amie s'est emballée en faisant toute cette cuisine et qu'ici, c'est plus cher qu'à Bangkok, qu'elle a des jeunes enfants qu'elle élève seule et bla-bla-bla, et bla-bla-bla.... Je lui réponds : "Je veux bien donner 100 Bts pour le repas et 100 Bts pour les enfants, mais maintenant ça suffit, c'est à prendre ou à laisser, je m'en vais."


Un déjeuner royal

Elle lui fait la proposition qu'elle rejette en hurlant à nouveau. Je commence à prendre la direction de la sortie du village pour rejoindre la route principale tout en marchant d'un pas lent et décidé. La traversée du village me semble extrêmement longue, il y a maintenant beaucoup de monde autour de moi et tous les regards me fixent. Je conserve la même cadence tout en leur souriant et en leur montrant les billets. Je rejoins enfin la route, il est 16:30. Elle marche derrière moi en hurlant, continuant à ameuter les habitants. Tout à coup, elle m’empoigne violemment, je la repousse et lui fais signe d’arrêter, elle insiste, je sors ma bombe anti-agression et vaporise son visage. Elle part en hurlant (pour ne pas changer, mais là c'est justifié). Maintenant, je longe la forêt de pins. Un homme d'un certain âge, le sourire aux lèvres, m'accoste et me fait signe d'approcher. J'hésite, mais avance quand même vers lui. Il m'annonce que l'on a appelé la police, je lui réponds :"Pas de problèmes" et je continue ma route rejointe à nouveau par la folle. Effectivement, dix minutes plus tard, un pick-up s'arrête avec deux policiers armés. Ils s'approchent de nous et s’adressent à la "folle" pour des explications. Je les laisse discuter puis au bout de quelques minutes, je leur demande s'ils parlent anglais. Le chef me répond "non" d'un signe de tête et me fait comprendre qu'il veut mon passeport ainsi que mon adresse sur place. Je leur tends le passeport et la carte de visite de l’hôtel. Ils prennent les documents et me demandent de monter à l'arrière du pick-up, la femme s'installant dans la cabine avec eux. Et nous voilà partis…

Nous roulons durant une petite heure dans la direction opposée à mon hôtel. Les paysages défilent, la circulation devient de plus en plus dense puis nous rentrons enfin dans une ville, je suppose que c'est Rayong ???. Le pick-up stoppe devant un mobile home. À l'intérieur, en train de lire un magazine les pieds sur la table : le grand chef, il se lève d'un bond et s'approche de nous. Ses subalternes lui rendent compte de la situation et lui remettent mon passeport. Il écoute la version de la femme. Lorsqu'il se tourne vers moi, je lui demande s'il parle anglais : "Non" (je commence à angoisser) et il continue de discuter avec la folle, puis attrape son téléphone... Au bout d’une dizaine de minutes, un jeune policier arrive, il connaît quelques mots d’anglais. Je lui raconte ma version, il sourit et s’adresse à elle... Au bout d'une demi-heure de discussion (en thaï), il se tourne vers moi pour m'annoncer que je dois payer 200 Bts. Je lui remets immédiatement l'argent que j'ai encore dans la main. Nous signons une déposition puis elle s'en va et il me rend mon passeport (sans la carte de visite de l'hôtel).


Carte de la région de Rayong

Je me tourne vers le policier pour savoir où je suis et comment vais-je rentrer ? Je n'arrive pas à comprendre sa réponse. Je lui demande une carte, il n'en a pas. Je lui demande s'il peut récupérer l'adresse de mon hôtel, il me répond que c'est impossible. Dehors la nuit est tombée, il donne quelques coups de téléphone, puis se tourne vers moi en m'expliquant qu'il ne peut rien faire et me demande de sortir du bureau. Je me retrouve dans la cour sans savoir où je suis, sans adresse, sans téléphone, ni même le nom de mon hôtel. Le jeune policier monte sur sa moto et s'approche de moi pour me proposer de me rapprocher du centre ville, j'accepte et monte à califourchon à l'arrière du véhicule. Il me dépose au cœur de la ville. Je ne sais pas trop quelle direction prendre, lorsque tout à coup, à l’autre bout de la rue, une femme blonde ; je cours vers elle.

C'est une Allemande, je lui explique que je suis perdue. Après quelques conseils pour ma sécurité, elle me demande d'aller de sa part, voir un de ses amis qui tient un cyber café. Arrivée à l'adresse indiquée, je découvre un Anglais, je lui explique ma situation, il a du mal à me comprendre (pour cause, j'ai un Anglais déplorable), il me demande de le suivre chez un de ses amis ; cet ami, c'est un Thaïlandais qui parle un peu le Français. Après avoir tourné en rond devant une carte, il me propose d'aller voir d'autres de ses amis. Ceux-ci partent à la recherche d'un de leur "pote", "un black" (rare dans la région). Le "pote black" arrive dans une grosse voiture noire aux vitres teintées noires. Il me demande de monter dans sa voiture pour m'emmener chez un autre de ses amis qui est, paraît-il Français. J'hésite, mais au point où j'en suis…

Nous roulons à travers la campagne durant un peu plus d'une demi-heure. Je suis collée à la portière avec ma bombe anti-agression cachée dans la paume de ma main. La nuit est particulièrement noire. Au bout d'une vingtaine de kilomètres, il bifurque à droite et s’engouffre dans la ruelle d'un petit village puis s'arrête. Il frappe à la porte d’une maison, une tête bouclée apparaît, un homme de race blanche en paréo : c'est Olivier, un Français, ancien routard.

Par chance, il a toujours le guide du routard sur lequel nous retrouvons les coordonnées de l'auberge de jeunesse de Bangkok, qui, à son tour, nous donne l’adresse et le téléphone de l'auberge de Ban Kon Ao. Mon chauffeur se propose de me ramener. Au bout d'une heure de route, nous arrivons enfin à l’hôtel. Il est 23 heures. Quelle journée !


Coucher de soleil Ban-Kon-Ao

Vendredi 17 janvier 2003 : BAN KON AO / RAYONG Sud-Est de Bangkok (Thaïlande)

Ce matin, petite grasse matinée bien méritée jusqu'à 9 heures, ensuite j'ai bien été obligée de sortir de la chambre tant la chaleur devenait cuisante. En rejoignant la salle à manger, j'ai croisé quelques charmantes petites bêtes qui glissaient insidieusement entre les herbes... les seuls êtres vivants de la maisonnée.

Voilà une semaine que j'ai quitté la France, déjà pas mal de péripéties. Pour me remettre de mes émotions et me reposer un peu, je resterai aujourd'hui sur la plage où je vous raconte mes aventures. Une petite brise me caresse la peau sous un soleil ardent ; je suis seule (enfin presque), à l'horizon des formes courbées sont en train de ramasser des coquillages. À midi, déjeuner sur la jolie plage de sable clair, bordée de cocoteraies où des autochtones, tenant une petite cantine en bordure de route, m'ont apporté une omelette au porc avec du riz et de l'eau pour 35 Bts…


Bus public

Samedi 18 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Une plage déserte, une mer superbe, ce pourrait être le paradis. Mais, impossible de se baigner, je rentre sur Bangkok. Un petit mot à l'attention de la maîtresse de maison et je prends mes baluchons. Installée en bordure de route avec le pouce en l'air, le premier véhicule qui apparaît à l'horizon, s'arrête. C'est un couple anglo-thaïlandais. Il me propose de me rapprocher en me précisant que j'aurai encore trois kilomètres à faire à pied, avant d'arriver à la station de bus. Ok, no problème ! Une fois déposée à l'entrée de Rayong, je commence par un petit-déjeuner copieux, sur le trottoir, avant d'attaquer mes trois kilomètres de marche à pied sous la chaleur torride. Je croise en chemin une jeune fille à qui je demande ma route. Elle me propose immédiatement de m'accompagner. Elle prend un de mes sacs et nous partons ensemble dans le dédale des rues. Nous traversons le marché aux fleurs… Je prends le temps de découvrir cette petite ville au charme provincial... Au bout d'une heure, nous arrivons sur une petite place, elle me fait un signe de la main pour me dire que c’est ici et me quitte avec un grand sourire.

Un chauffeur m'invite à monter dans le bus… Au bout d'une demi-heure, nous quittons Rayong. Le voyage va durer quatre heures. La clim est tombée en panne en cours de route, je suis contente de sentir le vent dans mes cheveux…

Bangkok est en folie, c'est l'heure de pointe. Des bouchons de partout, les trottoirs sont gorgés de monde, les bus débordent. J'arrive à me hisser avec mon fourbi dans le bus 72, nous mettons environ 2 heures avant d'arriver à destination. De retour à mon auberge, ce soir, je n'ai pas le choix, je dormirai au 3e étage, dans une chambre qui donne sur la rue et sans la clim, tant pis !


King Rama V

Dimanche 19 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

J'étais une des dernières couchées, mais ce matin, je suis la première levée, il est 7:30. Petit-déjeuner américain avant de partir à la recherche du Bangkok Palace Hôtel. Bus 72 jusqu'à Makadam, c'est un quartier commerçant et très animé. J'ai beaucoup de mal à me repérer entre les différents Soi (rues), il s'agit de trouver le bon Soi. Plusieurs Thaïlandais se sont proposés pour m'aider dans le dédale des rues. L'un par intérêt (tuc-tuc), l'autre, plein de bonne volonté, mais ne sachant pas lire les cartes, et enfin un, qui me demande simplement de le suivre. Cinq minutes plus tard, je suis au pied de ce grand hôtel au nom prestigieux de Bangkok Palace. J’ai rendez-vous avec la représentante de Nouvelle Frontière. C'est une femme d'un certain âge très commerçante et qui parle couramment le français. Après nous être mises d'accord sur la date et l'heure de rendez-vous, je pars à la découverte du quartier. La Tour Amari Water Gate, le centre commercial Indra Regent, je déambule dans les traboules aux allures de cavernes d’Ali Baba… Je traverse les marchés aux couleurs chatoyantes, véritables labyrinthes où il est facile de se perdre, et prends un bus pour descendre à Rachadaminean. Quelques prises de photos et je poursuis ma route jusqu'à l'auberge. Une bonne douche pour me rafraîchir avant de repartir à la recherche d'un français qui est arrivé à l'hôtel Sokumut. Il est 21 heures ; mon plan de ville n'est pas assez détaillé, je n'arrive pas à trouver l’adresse, j'en profite pour flâner dans cette ville attachante… Je dîne au gré des parfums, sur un bout de table, entre deux étales.


Gardien du Grand Palais

Lundi 20 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Après avoir préparé un colis (à m'expédier), je file direction Democraty Monument pour prendre le bus n°11 pour Crocodile Farmer et Ancien City. Ces deux sites se situent à 40 km à l'Est de Bangkok. Au bout d'une bonne demi-heure de marche, j'arrive enfin sur cette immense place qui s'ouvre sur huit avenues. Il s'agit de trouver la bonne avenue. Un homme s'approche de moi et m'indique l'arrêt du bus. Au bout d'une demi-heure d'attente à l'arrêt, je ne vois rien venir d'autre qu'une bonzesse, vêtue de blanc. Elle s'assied à côté de moi et, au bout de quelques instants, me demande d'où je viens et où je souhaite aller.

Elle m'explique, que je ne suis pas au bon arrêt, il est de l'autre côté de la rue. 11:00, il fait déjà très chaud, je laisse tomber pour aujourd'hui. Changement de programme, je vais visiter les khongs de Bangkok (les khongs sont les petites rivières qui courent à travers la ville). Je file vers un embarcadère en évitant tous les bateaux à touristes et prends une navette réservée aux locaux. Après plusieurs escales, nous nous retrouvons plus d'une centaine de passagers dans une embarcation ne pouvant contenir qu'une soixantaine au maximum.Bangkok me présente sa deuxième facette. De chaque côté de la rivière, des maisons sur pilotis, certaines en bois, d’autres de bric et de broc, des jardins fleuris, des montagnes d'ordures, des enfants qui pêchent, d’autres qui font "trempette". Le luxe côtoie la misère la plus profonde…

Sur le khong, nous croisons d'autres bateau-bus ou des longues-queue. Pour éviter de se faire asperger, nous empoignons et descendons la bâche qui nous sert de protection. Nous arrivons ainsi à la station terminale au milieu des buildings du World Trade Center. Sur cette immense place, les plus grandes marques mondiales s'affichent. Je fais du lèche-vitrines, m'engouffre dans les boutiques du centre commercial pour prendre un peu le frais et aussi avoir une notion des tarifs pratiqués. Il est vrai que c'est nettement moins cher que chez nous… Une cage d'escalier m’entraîne vers un marché populaire caché au fond d'une traboule, je ressors vers Makadam.

La journée se déroule tranquillement dans la foule grouillante du Strip de Bangkok. 16:00, la ville n'est plus qu'un gros embouteillage. Il me faudra deux heures pour rejoindre en bus mon auberge. Juste le temps de prendre une douche et de repartir dîner au gré des "sois" et des parfums de la cité.


Ahuttaya

Mardi 21 janvier 2003 : AYUTTHAYA Nord de Bangkok (Thaïlande)

6:30, j'attends le bus n°3 pour Bus Station Terminal Nord, j'en profite pour prendre des "toasts-beurre-et-confitures-coupés-en-quatre-et-servis-dans-un-sac-plastique". La ville est déjà en pleine effervescence. Une heure plus tard, nous arrivons au terminus. Pas moyen de changer des travellers. Après longue négociation, ils acceptent mon dollar pour payer le voyage. Le bus est climatisé (cette fois) ; 60 km, une heure et demie de route avant d'arriver à Ayutthaya.

À peine ai-je posé le pied au sol que je suis abordée par une jeune femme. Elle me propose de me faire visiter la ville en compagnie de son mari qui nous servira de chauffeur, moyennant 750 Bts. J'accepte car je sais que tous les sites à visiter sont disséminés à la fois dans la ville, mais aussi dans les environs.Nous montons toutes les deux à l'arrière du véhicule. Avant de démarrer, deux minutes sont réservées pour les présentations. Moa, 42 ans, me montre les photos de ses trois enfants affichées sur la lunette arrière du tuc-tuc... Nous attaquons par un tour de ville. Ayutthaya est l'ancienne capitale de la Thaïlande. Cette ville dispose d'un parc archéologique très important. En 1767, Ayutthaya fut rasée par les Birmans, et Bangkok devint alors la capitale.


Wat Pharam Ahuttaya

Moa me raconte l’histoire de la ville avec un amalgame anglo-francais. Pendant ce temps, le tuc-tuc vire à droite, puis à gauche, s'engouffre dans les ruelles, ressort sur la rue principale avant de quitter la ville, traverse un grand pont… Au loin, Moa me montre un édifice majestueux qui se dessine, c'est là que nous allons : Wat Yai Chai Mongkol…Wat Phan Choeng… Nous longeons un canal avant de retourner au cœur de la ville : Wat Phra Sri Samphet, Viharm Phra Monghol Bopitr, Wat Pra Menu, Wat Pharam Uchaya, Wat Raj Burana, Wat Mahathat …

Durant 4 heures de visites effrénées, les paysages défilent et les Wat avec. Cela fait beaucoup de Wat pour la journée. Il est pratiquement 15 heures, lorsque nous croisons des éléphants en promenade le long du boulevard. Moa me propose de faire un tour. Je poursuis la visite avec une balade d'une demi-heure au sommet d'un de ces pachydermes. Encore un petit Wat pour la route avant de prendre le chemin de retour.
Il est presque 20 heures lorsque je retrouve ma chambre à Bangkok. J'ai une nouvelle compagne, Sarah, 19 ans, petite anglaise débarquant seule en Thaïlande…


Promenade à dos éléphant

Mercredi 22 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

De grand matin, Sarah et moi partons à la recherche du bureau de poste le plus proche. Au bout d'une bonne demi-heure de marche, nous le trouvons enfin. Je dois envoyer mon colis, il m'en coûtera pour 1 kg : 1460 Bts (+ de 30 dollars) c’est cher, très cher. Nous poursuivons notre route jusqu'au prochain arrêt de bus. En fait, j'ai décidé de m'occuper de Sarah ce matin et de lui faire découvrir la ville, les astuces pour prendre les transports en commun, les services administratifs dont elle peut avoir besoin, et comment bien manger à moindre coût…
Après avoir pris une première fois le bus 72, traversé le marché aux fleurs, embarqué à bord d'une navette fluviale, baladé dans le quartier chinois, goûté aux spécialités de quelques cantines, réservé son billet de train pour la semaine prochaine, repris le bus 53, nous retournons à notre guesthouse.

L'après-midi est consacré pour la mise à jour de mon carnet de bord et à l'organisation du trekking prévu dans le Triangle d'Or lorsque arrive Raimondo, Urug…. (Comment s’appelle un habitant d’Uruguay ? Uruguayen ? Merci Cindy !). Raimondo fait également le tour du monde, mais en sens inverse. Malgré l'handicap de la langue, nous avons sympathisé et nous communiquons par écrit, en anglais durant une bonne partie de l'après-midi. Le soir venu, Sarah me rejoint pour dîner dans une cantine du quartier.


La tour carrée Bangkok

Jeudi 23 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Je retrouve Raimondo au petit-déjeuner, nous poursuivons notre conversation de la veille durant environ une heure avant que je me réinstalle devant internet. À 10:30 heures, je quitte Youst Hostel Internationnal pour le Bangkok Palace où je fais connaissance avec mes coéquipiers pour le trek dans les montagnes de Chiang Mai. Parmi eux ma compagne de chambre avec qui j'ai immédiatement sympathisé, Marie-Anne.

Pour m'intégrer dans l'équipe, je dîne avec eux dans une cantine. Comme ils font très touristes, le repas comprenant une soupe aux légumes et poulet qu'accompagne du riz va nous coûter 100 Bts au lieu des 25 Bts habituels ???? puis je les emmène à la découverte de la ville en bus public... Assez difficile de se déplacer en groupe, mais c'est une expérience comme une autre.


Vendeur ambulant

Vendredi 24 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Petit-déjeuner somptueux avant de retourner à l'auberge chercher mes derniers vêtements et finir d’envoyer mes textes. C'est le dernier jour à Bangkok, j'en profite pour faire une excursion organisée.
Un chauffeur doit venir me chercher à 11:30 au Bangkok Palace, le temps de faire la tournée de tous les hôtels pour récupérer son monde, il est 13 heures lorsque nous prenons la direction de Rose Garden. La commerciale m'a affirmée que c'est beaucoup plus intéressant pour moi d'aller voir Rose Garden plutôt que la ferme aux Crocodiles. Je l'ai écoutée, en fait, Rose Garden est une grosse arnaque. C'est un parc de vacances dont l'intérêt réside dans son village thaïlandais reconstitué à proximité d'un joli parc : un piège à touristes.

Le bus s'arrête à l'entrée de ce parc ouvrant sur un hôtel de grand standing. Nous avons une demi-heure pour nous promener avant le début du spectacle. Beaucoup de monde, des Européens, Américains, Australiens mais pas de locaux autrement que de très jeunes et jolies jeunes filles Thaïlandaises avec des gros sacs de la cinquantaine (à vous faire vomir). Le spectacle est "gentillet". Nous sommes ensuite téléguidés vers une représentation de dressage d'éléphants où l'on vous propose des photos hors de prix avant d’arriver dans les boutiques de souvenirs.

Au retour, après une longue attente devant Crocodiles Farmer, nous sommes emmenés d'office chez un grossiste en bijoux. Malgré mon refus, le guide m'oblige à sortir du bus et me pousse dans l'antre de ce monstre de magasin où nous sommes immédiatement harponnés par plusieurs hôtesses qui nous servent une boisson. Après avoir bu, je plante tout le monde et prends la direction de la sortie, le guide me voyant déterminée, appelle un autre chauffeur afin de me ramener à l'hôtel.
Soirée réservée aux préparatifs de départ.


Democraty Monument Bangkok

Samedi 25 janvier 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Nous devons déposer nos bagages avant 9 heures à l'accueil de l'hôtel, le rendez-vous pour le départ est prévu à 17 heures à la gare directement. J'ai encore une demi-journée devant moi, j'en profite pour faire mes dernières courses, taper encore quelques textes et les envoyer. Zut ! Tout est scratché !

Contrariée, je laisse tomber internet pour ce jour et prends la direction de la gare par le chemin des écoliers. Je rejoins la navette fluviale qui me dépose à Democraty Monument. Zut ! J'ai oublié mon plan de ville ! Tant pis ! Je file direction le Grand Palais puis poursuis ma route jusqu'à un autre embarcadère, là tout va bien… Zut ! Je rate la sortie ! Je descends du bateau et patiente à nouveau pour en reprendre un autre dans l'autre sens. Je sors à Tha Ratchawong et m'engouffre à toutes jambes dans la grande avenue. Je suis en plein quartier chinois, j'ai l'impression de m'être encore trompée, mais j'avance en espérant retrouver un point de repère…

Au bout d'une dizaine de minutes, je me décide à me renseigner. Après m'être adressée à plusieurs personnes sans succès, j'aborde un jeune chinois d'une quinzaine d'années. Il parle un peu anglais. Après m'avoir indiqué comment rejoindre la gare, il m'explique que c'est assez loin et qu'il est nécessaire de prendre un bus puis un tuc-tuc. Il lit dans mon regard que je n'ai pas tout compris et que je suis très ennuyée, aussi il me propose de m'accompagner.


Les sept Bouddhas de la semaine

Chinatown est une ville dans la ville et c'est toute une atmosphère. Beaucoup de commerces de bijoux, tissus… et, à cette heure, les néons s'allument pour concurrencer les vieilles lanternes chinoises. Cela fait un quart d'heure que nous avançons dans la foule, lorsqu'il me dirige vers un arrêt de bus en me précisant qu'il vient avec moi. Je regarde ma montre, il est 16:45, je lui fais comprendre que je vais être très en retard. Il me dit : "Nous allons prendre un tuc-tuc." Aussitôt dit, il s'avance dans la rue et commence à héler tous les tuc-tuc jusqu'à ce que l'un d’eux s’arrête. Quelques minutes plus tard, épaules contre épaules à l'arrière du véhicule, nous descendons à toute vitesse l'artère principale nous faufilant au milieu des embouteillages. Avec adresse, le tuc-tuc se glisse entre voitures, bus, taxis, vélos, carrioles, camions etc… Effectivement, j'étais très loin.

Il est 17:00, lorsque le tuc-tuc stoppe devant la gare de Hua Lamphong. Le jeune homme, avant que je puisse réagir, règle la course et coure devant moi à la recherche de mes équipiers. Lorsque je les vois, je m'arrête pour le remercier et lui tends un billet de 100 Bts, qu'il refuse presque vexé : "Je l'ai fait uniquement pour vous aider". Et il est reparti en me souhaitant "Un bon voyage !"… Une bonne leçon de générosité.
18:00, le train démarre, il y a une bonne ambiance, je joue à la belote avec Michel, Laurent et Stéphane. Nous arriverons demain matin à 7:00.


Supa Chiang Mai

Dimanche 26 janvier 2003 : CHIANG MAI (Thaïlande)

Il est 7 heures du matin, lorsque nous rentrons dans la gare de Chiang Mai. Notre voyage s'est effectué dans de bonnes conditions (première classe !). Un bus nous attend pour nous amener à l'hôtel Downtown situé en centre ville. Petit-déjeuner à l'hôtel moyennant une contribution de 100 Bts (pour le prix, je m'en mets plein le ventre), après quoi, j'essaie de m'éclipser discrètement. À peine dans la cour, Marie-Anne arrive en courant, se proposant de m'accompagner. Nous remontons la rue bordée de restaurants à touristes pour nous engager dans la voie principale. La ville se réveille tout doucement, les boutiques s'ouvrent les unes après les autres, les tuc-tuc attendent au coin des rues le touriste endormit.

Pour mieux visiter la ville et ses 350 temples, nous louons des bicyclettes pour la journée. Au bout de quelques bons coups de pédales, nous nous retrouvons sur la place du marché, puis dans ce qu'ils appellent le vieux quartier, le long des canaux… Nous continuons ensuite sur l'axe Tha Phae Road pour rejoindre le nord de la ville que nous traversons au milieu des premiers embouteillages de la journée. Une fois sortie de Chiang Mai, nous recherchons le Wat Chet Yod.
Sur la route de Lampang, dans un environnement verdoyant, nous découvrons ce vieux temple du XVe siècle, entouré d'autres petits temples, de stupas et de logements pour les moines. Il possède un chedi à sept pointes qui symbolisent les sept semaines que Bouddha passa en Inde, avant son illumination.

Nous flânons dans le jardin avant de poursuivre notre route. Par erreur, nous nous engageons sur la Hightway à six voies (autoroute), nous pédalons au milieu du flot de la circulation sous le nez des policiers. À la première bretelle, nous nous échappons pour nous enfoncer dans la campagne. Un espèce de bar-tabac-épicerie-souvenirs de deux mètres carrés sur le bord de la route où nous nous arrêtons pour prendre de l'eau. Un homme d'une quarantaine d'années nous accueille ; il connaît bien sa région et semble assez cultivé. Nous passons une petite demi-heure en sa compagnie à écouter ses conseils et suggestions (en anglais, of course !) sur les sites à visiter.

Après une halte déjeuner en bordure de route dans une cantine chinoise pour 20 Bts, nous reprenons la direction de Chiang Mai. Il est 16 heures lorsque nous sommes de retour dans le cœur de la ville.
Depuis ce matin, la ville s'est complètement transformée, tout le centre est fermé à la circulation. Le grand marché du dimanche a pris sa place. Les habitants des tribus environnantes sont venus présenter et vendre leur travail (tissus, paniers, vêtements…). L'animation de la foule et les stands colorés donnent une atmosphère de kermesse avec spectacles de danse et concerts de rue.

La ville a tellement changée que nous nous perdons. Il nous faudra une bonne heure à sillonner les rues dans tous les sens avant de retrouver notre magasin de vélos. Sur le trajet de l'hôtel, nous croisons trois de nos compagnons de voyages avec qui nous dînerons ce soir, dans un excellent petit restaurant japonais.


Jeune maman Karen

Lundi 27 Janvier 2003 : BAAN HUAYRAI Le Triangle D'Or (Thaïlande)

Il est 9:30 lorsque nos songthaews (camionnettes jaunes, rouges ou bleues) viennent nous chercher. Après deux heures de route, nous faisons une escale dans un petit village où s'échappent d'une mare, des vapeurs d'eau sulfureuse, puis, une seconde escale, pour déjeuner dans un restaurant typique, de la soupe et du riz.

14:00, nous arrivons dans le village Meo de Doi Puy où nous laissons nos songthaews pour prendre le chemin des randonneurs. Nous faisons connaissance avec nos porteurs : deux jeunes thaï d'une vingtaine d'années Yong et Tchai. Armés de coupe-coupe et de lance-pierres, ils nous accompagneront durant tout notre trek. Le troisième, plus âgé a la charge de véhiculer nos sacs encombrants sur nos divers points de chute.

Au bout d'un kilomètre, nous attaquons la grimpette à travers la forêt tropicale, encouragés par les pépiements des oiseaux. Après le passage de plusieurs petits ponts de fortune fabriqués avec des troncs de bambous enjambants ruisseaux plus ou moins importants, nous poursuivons notre chemin à travers la montagne. Nous avons une bonne cadence. Après quatre heures de marche, nous arrivons à notre premier village où nous passerons la nuit, Baan Huayrai, où vit une tribu Karen.

Les Karens font parties des minorités ethniques Sinotibeto-Birman. Ce sont les plus implantés sur le territoire thaïlandais. Ils occupent des terres à une altitude relativement faible (autour de 500 m). . Ils vivent en autarcie, élevant des poules, des buffles, des porcs et des éléphants… et cultivent le riz. Les poulets sont en général sacrifiés, car les Karens sont en partie de croyance animiste. Il existe aussi beaucoup de chrétiens et pas mal de bouddhistes. Et ils sont peu impliqués dans la culture du pavot.


Village de la tribu des Karens

Nos hôtes ont la gentillesse de nous laisser pour la nuit deux de leurs maisons. Montées sur pilotis et faites de bambous, elles nous offrent un abri pour la pluie. Nous installons nos sacs de couchage sur des tapis en paille de riz, et prenons notre douche avec une cuvette avant le dîner.

Concocté par Pitchai, Yong et Tchai, notre menu de ce soir : soupe, riz, poulet, bananes, thé et alcool de riz. La soirée se poursuit pour certains avec la belote (ce qui est mon cas), alors que d'autres s'extasient devant la myriade d'étoiles éclairant le ciel… Lorsqu'un hurlement, venant de l'espèce de cabane servant de "wc-douche-à-la-cuvette" s'élève dans la nuit... Sophie sort en criant : une bête ! Trois partent en éclaireurs, constatent le délit, ressortent aussi sec, horrifiés par le monstre. Le monstre préside au-dessus de la porte d'accès du wc-douche…., il fait quinze centimètres de diamètre (avec les pattes), il est marron et a deux petites pinces sur la tête : une grosse araignée. Le plus courageux de tous (et l'ancêtre de la bande) va affronter l'animal en l'écrasant d'un grand coup de bambou. Après cet intermède, nous rejoignons nos paillotes pour une première nuit dans les montagnes du Triangle d'Or.


Femme fumant l’opium

Mardi 28 janvier 2003 : BAAN PAKHA Le Triangle d'Or (Thaïlande)

Emmitouflés dans nos sacs de couchage, nous avons tous eu beaucoup de mal à nous endormir car il a fait particulièrement froid, 3 ou 4 degrés et c'est notre première nuit à même le plancher. Après un petit-déjeuner comprenant une soupe à base de légumes récoltés dans la montagne par nos guides, et de riz (alimentation typiquement locale), ceci, complété avec quelques toasts, beurre et confiture, nous quittons le village, il est 9:00.

Nous nous enfonçons dans la forêt de bambous. Plus on avance, plus la forêt devient dense. Des troncs d'arbres servent de pont pour franchir les torrents que nous passons allègrement, lorsque Laurent commence à glisser entraînant Marc qui entraîne Thierry avec tout son matériel photo.

Au passage suivant, le tronc étant encore plus haut et plus long que le précédent et vu l'expérience de mes collègues, je décide d'être plus prudente (surtout par rapport à mon matériel et mes papiers) et de traverser le torrent à pied. Aussitôt pensé, aussitôt fait, je quitte mes chaussures de montagne, remonte mon pantalon, traverse et mets mes tongues. Deux autres adoptent la même technique : Florence et Yannick. Après quoi, Pitchai nous assure que nous avons tout intérêt à poursuivre en tongues car, paraît-il, il y a encore plein de torrents. En fait, nous n'avons plus croisé de torrents mais de gros bourbiers au milieu de la brousse. Nous nous sommes fait "eus" : Merci Pitchai !

Au bout de quatre heures de marche, nous arrivons dans un petit village où deux hommes travaillent à la forge ; nous restons un moment à les observer en attendant que Pitchai négocie avec le chef du village notre présence et assure l'intendance. Les enfants font les fous autour de nous, ils nous observent, chahutent entre eux, essaient de nous toucher. Autour de nous, des maisons sur pilotis, faites en bambous et paille de riz. Des femmes au dos courbé trient des graines dans de grands paniers à fond plat, tandis que d'autres, leurs bébés sur le dos, étalent sur le sol des bouquets de paille de riz à sécher.

Pitchai nous fait signe d'approcher, nous nous avançons vers une grande maison : c’est là que nous allons déjeuner : soupe, riz, bananes. Après une petite heure de sieste où j'en profite pour faire sécher mon linge au soleil, nous reprenons la route. Le démarrage est très difficile, la côte est raide, nous l'attaquons de face et non avec de grands virages (comme chez nous). Nous marchons tous en silence, maîtrisant notre souffle et concentrant nos efforts sur la montée. Après quatre heures de marche, nous voyons enfin se dessiner sur l'autre versant un petit village Baan Pakha.


Village de la tribu des Lahus

Mercredi 29 janvier 2003 : BAAN MAENAMKHUN Le Triangle d'Or (Thaïlande)

Départ 8:00. Aujourd'hui, nous allons grimper, et ce n'est pas peu dire…. La montée est encore plus raide qu'hier. Quatre heures d'affilée, sans pratiquement s'arrêter, nous sommes heureux d'arriver enfin dans le village des Lahus. Nous n'avons donc fait que 6 km, mais quels kilomètres !

D'origine sino-tibétaine, on dénombre environ 61000 Lahus en Thaïlande qui se sont installés le long de la frontière Birmane, au nord de Chiang Mai et de Chiang Rai. Leurs villages sont petits, dispersés et situés en altitude (environ 1000 m), donc à l'écart des lieux de résidence thaïs. Ils cultivent l'opium en plus du riz et du maïs, et en tirent une grande source de revenus. Ils sont également éleveurs et surtout chasseurs. Animistes, ils croient aux esprits, ont des sorciers, et accordent une place importante à leurs ancêtres.

Nous faisons donc une halte déjeuner dans le village Lahus. Pitchai nous a préparé un pique-nique comprenant des pâtes parfumées avec de petits morceaux de porc, le tout servi dans des sachets individuels. Il est 13:30 lorsque nous reprenons la route, soulagés de la trouver nettement moins difficile.
Lorsque nous arrivons à proximité du grand village KMT d'origine chinoise (je ne sais plus à quoi correspondent ces initiales), il est pratiquement 18:00. Nous sommes dirigés immédiatement dans la maison du village réservée aux invités de marque.


La petite fille Lahu

Après une douche rapide dans leur espèce de "wc-douche-à-la-cuvette", nous partons à la découverte des environs. Une grande rue bordée d'épiceries où l'on trouve un peu de tout : des boissons, des graines, de la viande séchée, des casseroles, du linge etc…, une église (et oui, ils sont chrétiens ces chinois), la seule maison en dur avec un toit de taules surmonté d'une croix, et une station-service, avec trois sortes d'alambics.

Pitchai nous accompagne à travers le village et nous entraîne sur la petite route qui surplombe le collège, pour rejoindre la rivière. De là-haut, nous écoutons les enfants chantés en chœur, l'hymne national. Tous en rang, rassemblés dans la cour, les petites filles, chemisier blanc et jupe bleue marine alors que les garçons, chemise beige, bermuda kaki et foulard autour du cou (un peu comme nos scouts). À la fin du chant, toujours en chœur, ils poussent des ovations…

Arrivée au bord de l'eau, après un petit quart d'heure de baignade dans l'eau glacée, je laisse mes compagnons pour flâner dans le village avant de retourner à notre maison du jour. Dans la salle principale, où nous nous installons en "rang d'oignons" sur des planches surélevées que nous recouvrons de nattes en paille de riz. Ce soir, nous sommes gâtés, nous avons en plus de la soupe et du riz, de l'omelette que nous savourons.


Village de la tribu des Akhas

Jeudi 30 janvier 2003 : BAAN PAKHAILUANG Le Triangle d'Or (Thaïlande)

La nuit a été plus tôt difficile, je n'ai presque pas fermé l'œil. Et aujourd'hui, les premiers soucis de transit commencent à se faire sentir… Je reprends un peu du poil de la bête à la vue du bon petit-déjeuner que notre cher Pitchai nous a préparé. Exceptionnellement : œuf au plat, pommes de terre avec oignons, toasts beurre et confiture. Nous prenons ensuite la route direction Baan Pakhailuang où habite une tribu Akha.

Descendant également de Tibeto-Birman, les Akhas viennent du Laos et du sud de la Chine. On en dénombre 33000 qui vivent sur les montagnes ou à flanc de collines. Tout comme les Lahus, les Akhas cultivent l'opium, le riz, le maïs, mais également le millet et des légumes divers. Leur élevage de volailles, cochons et buffles répond à leur besoin de sacrifices. La soupe de chiens constitue un de leurs plats favoris.

Un sentier nous entraîne vers les hauteurs, nous traversons des bosquets de bananiers sauvages puis plusieurs petits villages. Le parcours n'est pas trop difficile, chacun avançant à son rythme, en silence. Nous arrivons vers 13:00. Après le déjeuner, Pitchai nous propose de faire un détour par les cascades qui se situent à quatre heures de marche aller-retour ou simplement rester ici à flemmarder. Je choisis la deuxième formule.

Ô que la vie semble douce et paisible dans ce petit village Akha ! Les maisons aux toits de chaume sur pilotis ; les cochons sauvages attendant sagement qu'un Obelix passe ; les femmes courbées étalant sur le sol les bouquets de paille de riz, d'autres, leurs bébés sur le dos, triant les légumes pour la soupe ; les hommes se préparant pour la chasse ; les enfants chahutant…Il ne manque qu'Assurancetourix et le druide pour compléter le tableau.

Installée sous la tonnelle pour écrire ces quelques lignes, j'observe la jeune femme assise près de moi en train de tresser patiemment des tiges de branches de palmier avec des bouquets d'herbes sèches pour construire le toit de chaume qui nous servira d'abri pour le dîner.

La journée avance, les enfants rentrent de l'école, nos amis aussi, le village s'agite. Les enfants nous observent, nous testent en nous lançant des défis, puis nous invitent à jouer avec eux. Pendant ce temps, Pitchai et nos deux porteurs investissent la cuisine de fortune : un trou dans le sol, quelques gros cailloux, quelques brindilles et le feu est prêt pour préparer la soupe de ce soir. À la veillée, autour du grand feu de bois, accompagnés du son de la guitare, nous nous retrouvons tous rassemblés pour partager quelques chansons traditionnelles et aussi… quelques chansons françaises.


Femme Akhas

Vendredi 31 janvier 2003 : BAAN PANGMUANG Le Triangle d'Or (Thaïlande)

Nous en sommes à la moitié du parcours. Aujourd'hui, journée facile (paraît-il !), il est 9:30 lorsque nous quittons notre gîte. Nous descendons pour rejoindre la forêt, puis poursuivons sur l'autre versant pour traverser une large prairie et rentrer à nouveau dans une forêt de bananiers sauvages. Au passage, nous croisons un troupeau de buffles. Deux heures plus tard, nous arrivons dans un village habité par la tribu Lahus. Dans la cuisine, le repas se prépare : soupe pimentée, riz et un morceau de canne à sucre comme dessert. Ce repas commence à me rendre morose…

Nous reprenons notre route sous un soleil de plomb, nous attaquons une grimpette qui n'en finit pas. Tout le monde est très concentré sur son rythme, c’est le grand silence. Quatre heures plus tard, nous arrivons enfin au village Baan Pangmuang.

Ce soir nous sommes les invités du chef du village. À 20:00, Pitchai nous fait signe de nous installer dans la maison du chef. Sur des tapis, trois tables basses en bambou et des coussins en guise de sièges. Sur chaque table, nos hôtes ont déposé deux assiettes de salade de papaye, deux assiettes de soupe et cinq assiettes de riz. Nous nous partageons le repas et attendons le signal du chef pour commencer. Je ne suis pas en grande forme ce soir, j'en ai un peu marre du riz. Au bout d'une demi-heure, je m'en vais discrètement remerciant au passage le chef, pour aller me coucher.


La jeune femme et la mule

Samedi 1er février 2003 : BAAN BALAH Le Triangle d'Or (Thaïlande)

Après une bonne nuit et un petit-déjeuner comprenant une omelette et des toasts, je reprends la grande forme. Nous avons 13 km à faire aujourd'hui pour rejoindre le village Lahus.

À mi-chemin, nous faisons une halte dans un charmant village. Des femmes aux larges sourires ouverts sur des dents noircies par les feuilles de bétel qu'elles chiquent à longueur de journée, nous accueillent en tenues traditionnelles. Elles s'approchent en nous proposant coiffes, vestes, sacs, chaussons de fabrication artisanale. Elles sont âgées mais, elles n'ont pas perdu la tête, elles nous annoncent des prix trois fois plus élevés que sur le marché local. Nous essayons de négocier, en vain.

Nous continuons notre marche le long d'une route aux larges ornières creusées par les pluies tropicales et le passage de 4 x4. Heureusement que nous sommes en saison sèche ! Nous arrivons bientôt au village de Baan Balah, Sophie, Françoise et moi rejoignons la rivière afin de faire un brin de toilette. Ce soir, nous avons paraît-il du poulet. Nous avons un peu de mal à le reconnaître dans notre assiette car il a été coupé en tout petits morceaux d'à peine deux centimètres et a été parfumé à la cannelle !!!


Maison d'habitation

Dimanche 2 février 2003 : BAAN BALAH Le Triangle d'Or (Thaïlande)

9:00, le sentier est très très raide (et ce n'est pas peu dire). Je suis obligée de m'arrêter à diverses reprises, la chaleur est intense. Je vous rappelle qu'ici les ascensions ne se font pas en lacets mais parallèles à la pente. Nous avançons très lentement, chacun contrôlant son souffle. Au bout de trois heures, nous commençons à respirer un peu mieux et à ressentir la fraîcheur de la forêt de bambous. Nous avons encore une petite heure de marche avant d'arriver au sommet de la montagne….

Pitchai et les deux porteurs s’arrêtent enfin et se mettent immédiatement à couper, à l'aide de leur coupe-coupe, des troncs de bambous pour faire cuire le riz et fabriquer une cafetière, une théière, des gobelets pour le café, et couper du bois pour le feu. Fatigués, nous restons silencieux à les regarder travailler avec habilité. Bientôt, la cuisine est prête, nous avons nos gobelets, nous pouvons déjeuner. Notre pique-nique comprend des nouilles sautées au porc, un gobelet de café ou de thé, et du riz gluant cuit dans le tronc de bambou ce qui lui donne un petit goût sucré. Une sieste bien méritée à l'ombre de la forêt de bambous succède à cette agréable déjeuner.

Il est 15:00, lorsque nous entreprenons de descendre sur l'autre versant pour rejoindre une route en terre battue qui nous emmène dans le petit village de Baan Pang Makhampom. Arrivés sur place, nous balançons nos sacs pour courir à la rivière nous rafraîchir. Un peu plus loin des femmes lavent leur linge et font leur toilette, vêtues d'un simple paréo. C'est ensuite à notre tour de nous laver. Après le dîner, autour d'un grand feu, le village se rassemble et nous invite à écouter les comptines et chansons interprétées par deux jeunes filles vêtues en costume traditionnel.
La soirée est douce.


Retour en songthaew

Lundi 3 février 2003 : MAETAM - CHIANG MAI Triangle d'Or (Thaïlande)

C'était notre dernière nuit, nous rassemblons toutes nos affaires, préparons les étrennes pour nos porteurs afin de les remercier de leur gentillesse et de leur aide, car ils ont été au four et au moulin (c'est le cas de le dire) durant tout le trek. Nous rejoignons par le sentier la route en terre qui nous ramène à Maetan. Pitchai est en grande forme (certainement parce que c'est le dernier jour). Tout le long du parcours, les jeux de mots fusent dans sa bouche et les plaisanteries vont de bon train. Avant de déjeuner, nous nous arrêtons devant un grand four crématorium (pour nous mettre en appétit) puis un joli temple. Il est 12:00 lorsque nous arrivons au restaurant du village fréquenté en forte majorité par les locaux. Déjeuner gargantuesque : soupe de bouillon de canard aux nouilles, canard bouillit au riz gluant, potage de légumes aux épices et café... Nos taxis-brousse nous attendent. Il est 15:30 lorsque nous arrivons à l'hôtel Downtown de Chiang Mai.

À peine mon sac défait que je repars à la recherche d'un cybercafé, d'un lavomatic et faire quelques courses avant de m'enfoncer dans un bon sommeil réparateur.


Les rues de Chiang Mai

Mardi 4 février 2003 : CHIANG-MAI (Thaïlande)

Une journée tranquille où je me retrouve enfin seule à traîner dans la ville, au gré des boutiques, à la recherche de l'objet insolite ou pratique que je ferai parvenir à mes enfants.
Ce soir, à 17:00, toute l'équipe a rendez-vous pour prendre le train de nuit de 18:30 qui nous ramènera sur Bangkok.


Palais du King, Bangkok

Mercredi 5 février 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

6:45, nous rentrons en gare de Hua Lamphong, notre bus nous attend pour nous ramener au Bangkok Palace. À peine mes sacs défaits que je m'installe devant le bureau pour vous raconter mon trekking. Je ne mets pas le nez hors de la chambre de la journée.


Chao Phraya Express

Jeudi 6 février 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Le monde appartient aux gens qui se lèvent tôt. Ce dicton me convient bien. J’ai un programme chargé : pellicules à faire développer, textes à finir, noter toutes les photos, préparer mes sacs, chercher le billet de train pour Nong Kai et réserver au Youst Hostel International.

12:30, je retrouve Henri au déjeuner, il s'est proposé pour me ramener quelques affaires à Lyon, il faut que l'on se cadre. Il m'aide à trier les photos, après quoi, je le laisse pour prendre le bus 73 qui m'emmène directement à la gare réserver ma place dans le train de nuit. Tout le long du trajet en bus, des voyageurs m'aident pour m'aiguiller vers le bon arrêt. Plus je découvre ce peuple, plus je me sens bien avec eux : leur sourire et leur gentillesse me touche profondément.

Après avoir réglé mes formalités de départ, je retourne au Bangkok Palace récupérer mes affaires et reprendre un autre bus pour retrouver mon petit hôtel favori : l'auberge de jeunesse où l'on se sent un peu en famille. Dans mon dortoir, je fais la connaissance avec une dame blonde, française et qui pète la forme. Elle a 68 ans et elle en est à son troisième tour du monde. Le premier, elle l'a fait, il y a 20 ans. C'est encourageant, j'ai encore de quoi faire !


Wat Benjamabopitr

Vendredi 7 février 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

La journée est consacrée à mon carnet de route, afin de le mettre à jour et envoyer mes textes par internet. Après plusieurs déboires, car ici, d'une part au niveau de Word, c’est une ancienne version et pour envoyer un e-mail, c'est hyper lent si cela ne s'efface pas ; il faut rester très très zen... Il est 18 heures, lorsque j'arrête l’ordi. Je monte dans un bus qui me ramène à l'auberge pour récupérer mes affaires. Comme il y a de gros embouteillages dans la ville, je préfère prendre un taxi pour m'emmener à la gare.

Mon train est à 20:45 à destination de Nong Kai. Je serai ainsi juste de l’autre côté de la frontière du Laos. En attendant l'heure du départ, je dîne à l'intérieur de la gare en compagnie d'un routard hollandais. Nous allons faire le même voyage, lui en première et moi en seconde classe. Nous n'avons pas les mêmes valeurs ! Le départ est annoncé, nous nous empressons de monter dans le train. Il est 21:15, lorsque le train démarre enfin. Malgré le confort un peu sommaire et les soubresauts du train, je finis par m'enfoncer dans les bras de Morphée.

Entre le 8 au 17 février 2003 lire mon expédition au LAOS


Long trail boat

Mardi 18 février 2003 : BANGKOK (Thaïlande)

Ventiane (Laos), la matinée est consacrée à l'intendance. 14:00, je monte à l'arrière du tuc-tuc qui me ramène à la frontière. Après avoir régler les formalités de douanes, il est 15:00 lorsque je franchis le Pont de l'Amitié en navette. Je rejoins ensuite la gare de Nong Kai en tuc-tuc.

Dans la gare de Nong Kai, où j'attends le prochain train pour Bangkok, l'hymne national Thaïlandais retentit... Plus personne ne bouge, plus personne ne parle, tout le monde est au garde à vous, même moi. Mon train est à 18:00, je fais la connaissance d'un jeune couple franco/japonais/vietnamien avec qui je sympathise. Le train rentre enfin en gare, je m'installe immédiatement dans ma couchette pour m’enfoncer dans un doux sommeil réparateur…


Les pêcheurs rentre au port

Mercredi 19 février 2003 : PRACHUAB KHIRI KHAN Sur la route du sud (Thaïlande)

8:30, nous rentrons en gare de Bangkok (2:15 de retard). Je dépose mon sac à la consigne, le temps de réserver mon prochain train pour Prachuab Khiri Khan. En attendant l'heure de départ, j'en profite pour prendre un bon petit-déjeuner et faire une heure d'internet. Sur le quai de la gare, de nouveau l'hymne national retentit, tout le monde se lève et attend dans le silence avant de retourner chacun à ses occupations.

13:00, le train quitte la gare de Bangkok, l’arrivée prévue pour 18:30. Le voyage se passe bien, le train est très confortable pour une deuxième classe. Des vendeurs de fruits, de poissons grillés, de plats préparés de toutes sortes, des gâteaux, des boissons… défilent les uns derrière les autres toutes les cinq minutes. Le contrôleur, accompagné de deux militaires armés, passe dans les voitures pour vérifier nos billets. À côté de moi, se trouve un couple d’allemand, très charmant, parlant un peu le Français.

19:15, deux minutes d'arrêt, Prachuab Khiri Khan, je fais vite pour descendre du train avec mes sacs. Le soleil est couché déjà depuis une bonne heure. Apparemment, je suis la seule à descendre à cet arrêt, le quai est désert... ainsi que la rue. Un sac sur le dos, l'autre à la main, je descends la rue en face de la gare à la recherche d'un gîte pour la nuit. 500 mètres plus loin, une enseigne lumineuse d'un hôtel. Vu l'heure tardive, je ne vais pas faire la fine bouche, je réserve immédiatement une chambre.

En fait, c'est une excellente adresse, l'hôtel est de construction récente, les chambres très propres donnent sur une grande terrasse et le prix est tout à fait raisonnable :160 Bts (environ 4 dollars). Après m'être installée et rafraîchie, je fais un petit tour de ville. Lampions et guirlandes lumineuses donnent un air de fête à la ville. À proximité de l'hôtel, le marché de nuit a envahi la place. Malgré les odeurs alléchantes, je n'ai pas très faim, je n'ai qu'une envie : dormir.


Pour la pêche aux calmars

Jeudi 20 février 2003 : PACHUAB KHIRI KHAN Sur la route du sud (Thaïlande)

J'espérais pouvoir flemmarder, mais non, il est 6:30 du matin, la ville est déjà bien réveillée et de nombreux oiseaux se sont rassemblés près de ma fenêtre pour un concerto (ça change des coqs). Je descends déjeuner, un jeune Thaïlandais d'une vingtaine d’années, s'installe à côté de moi et engage la conversation en anglais. Tout en baragouinant un anglais toujours aussi vaseux, je tartine mes toasts grillés alors qu'il dévore un énorme plat de nouilles...

Je descends la rue bordée de commerces en tout genre à la recherche du bord de mer. Sur mon passage, les gens me saluent et me demandent : Qui je suis ? Où je vais ? Si je suis touriste ? etc... Les asiatiques sont des gens très curieux et très spontanés. À Prachuab Khiri Khan, il n'y a pas (ou peu) de touristes, la population ne semble pas encore intoxiquée, les tarifs sont tout à fait raisonnables. De l'autre côté de la rue, un attroupement d'une centaine de personnes portant au-dessus de leurs têtes de grandes banderoles. Au haut-parleur, une voix harangue la foule. J'ai l'impression qu'il s'agit d'une manifestation.

J'arrive enfin sur le front de mer, palmiers et cocotiers se balancent légèrement, sable fin, mer turquoise, ciel azur : un vrai paradis. La jetée est très longue, je hèle un tuc-tuc (ici, il s'agit d'un side-car) avec qui je négocie une balade de deux heures. Nous longeons la côte bordée de pins parasol, traversons le quartier des singes pour arriver dans le port de pêche. Nous restons un petit moment à observer l'arrivée des pêcheurs, le déchargement des bateaux, le tri des poissons.


Le tri du poisson

Un peu plus loin, une femme au visage protégé par un foulard et coiffée d'un large chapeau de paille pêche avec juste un fil et un hameçon, et la pêche est plutôt bonne (il faudra que j'essaie). Nous continuons notre route vers un autre port où un temple de construction récente, rouge et or nous éblouie de tous ses feux. Au pied de la montagne, M. Truc (c'est le nom de mon chauffeur de tuc-tuc) stoppe son engin et me fait signe de le suivre. Nous gravissons une bonne centaine de marches pour arriver devant une grotte où une dizaine de bouddhas trônent en silence. De là-haut, je peux jouir d'une superbe vue sur la baie. Nous redescendons pour rejoindre les pêcheurs. Au passage, M. Truc achète des sachets de graines qu'il balance au-dessus de l'eau. Aussitôt, une centaine de poissons de toutes grosseurs se ruent sur cette nourriture.

Nous remontons sur le side-car en direction d'une très belle plage, paraît-il. Tout en conduisant M. Truc essaie de m'apprendre quelques mots de thaï. Nous traversons la base ainsi que l'aéroport de l'Armée de l'Air, nous faisons une halte à l'accueil où je dois décliner mon identité et signer un registre d'entrée avant de poursuivre. Nous traversons le terrain d'aviation avant de longer une superbe plage bordée de cocotiers.

La plage est totalement déserte de baigneur, quelques restaurants de plage sont disséminés sous les pins. Je propose à mon chauffeur de me laisser ici et de revenir me chercher plus tard dans l'après-midi. Installée sur une chaise longue à l'ombre d'un parasol pour écrire ces quelques lignes, je commande un poisson grillé et de l'eau fraîche. Durant trois heures, j'alterne bronzage et baignade dans une eau qui ne doit pas être très loin des 30 degrés. 15:00, la tenancière du restaurant de plage vient m'aviser de l'arrivée de M. Truc.

Après m'avoir déposée devant mon hôtel et négociée une balade pour le lendemain, je poursuis la découverte de la ville à pieds. Située à 80 km d'Hua Hin, c'est une petite ville très tranquille. Je flâne dans les ruelles, fais du lèche-vitrines espérant trouver un maillot de bains, mais il semblerait que cela n'existe pas ici (pour les enfants : oui, mais pas pour les adultes), je repère un cybercafé et achète au passage un short que j'essaie dans la rue derrière un rideau. Lorsque je rentre enfin à l'hôtel et que je me regarde dans la glace, je me rends compte que j'ai pris un énorme coup de soleil. Badigeonner de la tête aux pieds de biafine, je tente de m'endormir... sur le ventre. La nuit sera très chaude.


Vue du Wat Thammikram

Vendredi 21 février 2003 : PRACHUAB KHIRI KHAN Sur la route du sud (Thaïlande)

9:00 M. Truc est déjà là, en train de m'attendre, il a préparé un gros programme pour la journée. Tout d'abord, un cours de thaï tout en prenant la direction du Musée de la Mer. Une heure plus tard, nous nous retrouvons en face d'un immense bâtiment à l'architecture contemporaine s'ouvrant sur un très beau parc fleuri. Au sommet de l'impressionnant escalier, je découvre dans de grands aquariums, une multitude de poissons multicolores de toutes formes. En cours de visite, me voyant chargée, M. Truc prend mon sac à dos qu'il porte sur ses épaules. Au bout d'un quart d'heure de visite, alors que nous venons de rentrer dans une grande salle tournante, je me rends compte que la bouteille d'eau a éclaté dans le sac. Aussitôt, nous prenons le chemin de la sortie le plus discrètement possible, évitant garde et surveillant ... car on peut nous suivre à la trace.

Nous poursuivons notre route vers un autre musée sans grand intérêt (à mon avis) mais très apprécié par les Thaïlandais, qui viennent en général le visiter, le week-end, en famille. À la sortie du musée, M. Truc ainsi que le gardien me guide vers le livre d'or ; ils sont très heureux de m'avoir fait découvrir leur musée ; je n'ai pas envie de leur faire de la peine, hypocrite je note : "Very beautiful."

Nous prenons la direction d'une réserve de poissons d'élevage avant de reprendre le bord de mer et rejoindre un village de pêcheurs. Nous faisons une halte pour regarder les femmes triant, nettoyant et rangeant les poissons et les calamars sur de grands paniers à fond plat. Nous longeons ensuite la falaise pour observer les singes sauter et s'égayer dans la rivière au pied du plus beau temple de la ville le Wat Thammiharam. M. Truc me propose d'aller déjeuner dans une de ses cantines locales qu'il connaît bien. La maîtresse des lieux me remet une carte en anglais avec un tarif spécial touriste, au dos, je trouve le même menu en thaï six fois moins cher.


La plage de Ao Manao

Au gré de notre balade, M. Truc me fait découvrir de nombreuses scènes de la vie comme le ramassage des cacahouètes, la pêche, le tri des calamars, le séchage des poissons... Un temple, un deuxième temple puis il me dépose au pied de l'édifice visité hier au sommet de la montagne afin que je puisse faire des photos. Comme la veille, je gravis les cent premières marches, puis poursuis mon ascension sur les trois cents autres marches qui m'entraînent dans une deuxième grotte surplombant la baie de Prachuab Khiri Khan. Tout en marchant, je dois autant faire attention à la tête (les fils électriques) qu'à mes pieds (des marches de toutes les hauteurs).

Sur le chemin du retour, nous faisons une halte dans un superbe monastère dont je n'ai malheureusement pas réussi à connaître le nom avant de me ramener en ville. À proximité de la jetée, je demande à M. Truc de me laisser et lui règle sa prestation. Mais je sens qu'il n'a pas très envie de partir. Il me montre les bateaux qui arrivent au quai et me propose d'aller les voir... Certains pêcheurs sont en train de décharger les caisses remplies de poissons, de poulpes, de calamars, de langoustes, de homards et autres crustacés qu'ils se font passer de main en main à une vitesse impressionnante alors que d'autres s’occupent de briser la glace. Leurs visages sont protégés par des foulards et chapeaux de paille qu'ils attachent sous le menton...

Abandonnant M. Truc, je poursuis ma balade à pieds et prends la direction du Wat Thammiharam qui surplombe la ville. Je longe le quartier administratif, traverse un zoo de statues de marbre, puis un chantier envahi par les chiens errants, avant de me diriger vers les escaliers occupés par les singes. 465 marches exactement me séparent du sommet. Arrivée enfin, je suis récompensée par une vue extraordinaire à 360 degrés sur toute la région. À l’Est, la mer au bleu azur, au nord, les rizières qui s'étirent à perte de vue, au sud, la ville avec ses monastères et ses temples, et à l'Ouest, le soleil qui descend tout doucement caressant les hauts sommets qui séparent la Birmanie de la Thaïlande...


Les environs du parc

Samedi 22 février 2003 : PARC NATIONAL DE KAENG KRACHAN Sur la route du sud (Thaïlande)

Le temps de préparer mes sacs en prévision de mon départ de ce soir, il est 8:00 lorsque M. Truc vient me chercher pour m'emmener visiter le Parc National de Kaeng Krachan situé à une quarantaine de kilomètres au nord de Prachuab Khiri Khan. Installée dans le side-car, je peux admirer le paysage qui défile, palmeraies, grandes prairies où paissent buffles, zèbres et de drôles de vaches aux longues oreilles. Nous faisons une halte casse-croûte dans une cantine de village…Il nous faut encore une bonne heure avant d'arriver devant l'entrée du parc où nous laissons le side-car. Le chemin principal sillonne entre des arbres immenses et rares, nous prenons un petit sentier qui nous mène vers une première cascade, nous escaladons des rochers pour atteindre la deuxième, puis une troisième… à la septième, M. Truc se "cabre", il est trop fatigué aussi nous rebroussons chemin. Je regrette vraiment de n'avoir pas prévu plus de temps pour visiter ce superbe parc.


Sur la route du parc

Le retour va se faire d'une seule traite. M. Truc me dépose devant mon hôtel, le temps que je règle quelques formalités, avant de me laisser sur la fameuse plage déserte où je vais rester jusqu'à la tombée de la nuit à jouer les Robinson Crusöé.

17:00, je suis de retour à l'hôtel, j'ai juste le temps de finir de ranger ma valise, me doucher, trouver un distributeur, terminer des courriers, régler mon hôtel et réserver mon billet de train car ce soir je pars pour Hai Yai In par le train de nuit de 21:24... 21:00, je m'installe sur un banc le long du quai de la gare. Je suis seule sur le quai avec le chef de gare et un autre surveillant. 23:30 le train rentre enfin en gare de Prachuab Khiri Khan. Tout juste deux minutes d'arrêt, et j'ai juste le temps de sauter (et c'est le cas de le dire) dans mon wagon que le train est déjà reparti.

Tout le monde dort déjà, je me hisse dans la couchette située au-dessus d'un ronfleur. C'est un train de troisième classe très vétuste, où les rideaux sont pour la majorité arrachés, où les toilettes donnent plutôt envie de se retenir. Dans le couloir, des sacs, des chaussures, des pieds qui dépassent dans l'allée. Malgré les nombreux soubresauts et le ventilo qui tourne à fond près de ma tête, je réussis à m'endormir.


Le fruit le Durian

Dimanche 23 février 2003 : SONGKHLA Sur la route du sud (Thaïlande)

10:35, nous rentrons en gare de Hat Yai In, je dépose un de mes sacs à la consigne de la gare avant de prendre un bus pour Songkhla. Nous mettrons à peu près une heure avant d'arriver au terminal bus où je prends un bémo qui me dépose devant Amsterdam guesthouse.

À peine descendue du bémo, qu'une grande femme blonde vient à ma rencontre pour m'aider à porter mes bagages et m'accompagner jusqu'à une très jolie chambre croquignolette, ouverte sur un grand balcon fleuri. C'est Paula, la maîtresse des lieux. L'hôtel est très agréable, c’est le plus agréable de tous ceux que j'ai fréquentés jusqu'à ce jour. Ma chambre est au troisième étage ; au deuxième, un charmant salon de lecture ; au rez-de-chaussée un grand salon, salle à manger avec cuisine américaine cachée derrière des plantes vertes, des oiseaux, du mobilier en bambou aux couleurs chaudes.

Une petite douche et je me retrouve dans la rue. L’hôtel est situé à côté du Songkhla National Muséum. Je fais le tour du quartier, sur le coup je suis un peu déçue car la ville est déserte. Je descends une rue sans trop savoir où je vais, j'arrive sur un port où vivent les forçats de la mer dans la crasse et les ordures. Je n'ose pas m'avancer trop loin, car malgré mon style routard, je dénote dans ce triste environnement et je me sens mal à l'aise. Je hèle un tuc-tuc qui passe à proximité et lui demande de me faire découvrir la ville. Trois minutes plus tard, nous sommes hors de ce quartier où règne la misère pour nous retrouver sur l'autre facette de Songkhlan, la charmante station balnéaire avec ses vieilles maisons en bois.


Bouddha couché, Songkhla

Songkhla est très étendue, elle est construite entre la mer à l'Est, Samila Beach et le Songkhla Lake, immense lagune à l'Ouest. Sur les plages, les cerfs-volants se croisent et se recroisent dans le bleu azur du ciel. Au bout de quelques kilomètres, après avoir déposé son client, le chauffeur me propose de m'asseoir à côté de lui. La visite commence. Il ne parle que le Thaïlandais. Je sors mon mini-dico thaï-français et tente de trouver les traductions au fur et à mesure des explications. Durant deux bonnes heures, nous allons du cœur de la cité jusqu'au bout de la presqu'île en passant par le point de vue surplombant la mer. Nous longeons les quais, les belles plages de sable fin bordées de cocotiers tout en essayant d'établir un dialogue.

La situation est plutôt cocasse et rigolote. Nous sommes assis, épaule contre épaule, dans un tuc-tuc à trois roues et nous sommes obligés de nous arrêter tous les trois cents mètres pour nous passer, lunettes et dico, afin de décrypter le message que veut faire passer l'autre… Le soleil commence à descendre à l’horizon, lorsque la visite se termine, mon chauffeur me dépose à proximité du Samila Beach. C'est une immense plage où trône à l'extrémité nord, perchée sur un rocher, la statue d'une sirène de bronze, lissant ses cheveux.

18:00, les petites cantines s'installent en bordure de la plage. Je grignote à droite, à gauche, à la recherche de nouvelles spécialités avant de rejoindre le marché de nuit à l'extrémité de Vichian Road. Tous les néons, tous les lampions sont allumés, la ville brille de tous ses feux, la circulation des mobylettes s’intensifie : une nouvelle vie commence pour Songkhla.


Samila Beach, Songkhla

Lundi 24 février 2003 : SONGKHLA Sur la route du sud (Thaïlande)

Petit-déjeuner dans le charmant resto de Paula, ce qui me permet de faire connaissance avec les autres pensionnaires : des Hollandais (en majorité) et des Allemands, avant d'entreprendre la visite de Songkhla National Muséum. Le musée est installé dans une curieuse maison blanche de style chinois, avec un double escalier, de grands balcons et de beaux jardins intérieurs. Plusieurs salles où sont présentés de belles sculptures, des meubles chinois, des vestiges archéologiques et des objets de vie courante. C’est un musée très intéressant à découvrir.

Après ma visite, ayant "raté" la navette en bateau pour rejoindre l'Île de Koyo, je pars à la recherche d'un autre moyen de locomotion : la moto-taxi. 32 km de route sinueuse avant d'arriver par le pont Tinsulananda (2000 mètres de long), dans l'île de Koyo. Nous nous faufilons à vive allure entre voitures, bus, camions (et bien sûr :sans casque !). Mon chauffeur me dépose de l'autre côté du pont, dans le premier relais de bus. Après avoir réglé son service (100 Bts), je pars à la recherche d'un autre moyen de locomotion pour visiter l'île. J'essaie d'engager la conversation avec des hommes en uniforme bleu, mais apparemment nous n'arrivons pas à nous connecter.


Sur le lac de Songkhla

Me voyant en difficultés, un jeune homme parlant quelques mots d'anglais s'approche de moi et me dessine la carte de l'île en m'expliquant comment la visiter. Au bout de quelques minutes, je lui propose de me la faire visiter durant la demi-journée moyennant 100 Bts pour la location de la moto. Après discussion avec un de ses copains, Méo revient vers moi, il est d'accord. Méo est marin-pêcheur, aujourd'hui c'est son jour de congé et il connaît bien l'île, nous partons à l'assaut de la montagne. Tout le long du trajet, il me raconte la vie de l'île, des pêcheurs, son histoire. Koyo est une petite île montagneuse avec cocotiers, jungle et un immense verger….

Arrivés au point culminant, nous prenons les escaliers en colimaçon pour accéder à la tour. Une vue extraordinaire s'ouvre à nos yeux. Tout autour, des maisons en bois sur pilotis entourées de grands filets de pêche à perte de vue. Nous entrons ensuite dans un immense musée ; celui de Songkhla paraît petit à côté (dommage que l'on n'en parle pas dans les guides car il vaut la peine du déplacement). Deux heures ne suffiront pas à tout voir. Le musée raconte la vie de l'île à travers les divers métiers depuis l'Antiquité. On retrouve le pêcheur, la fileuse, le paysan…


Maisons en briques

Nous poursuivons notre balade à travers la montagne, faisons escale devant une grotte entretenue par cinq femmes (la grand-mère, la mère, la tante, la fille et la petite fille). Elles connaissent bien Méo. À peine suis-je descendue de la moto, qu'elles m'entourent et me dirigent vers l'éléphant sculpté dans la pierre, à l'entrée de la grotte. Elle me montre comment faire la toilette de l'éléphant avant de rentrer dans la grotte. C’est tout un rituel : il faut d'abord prendre de l'eau dans le puits avec une écuelle, l'arroser en le caressant, lui mettre de l'eau dans la trompe pour lui donner à boire et lui accrocher des grappes de fleurs avant de le saluer les mains jointes. Ensuite, je peux rentrer dans la grotte où une vingtaine de bouddhas assis m'observent… Je retrouve ensuite ces femmes, elles se coiffent les unes, les autres. Comme tous les asiatiques que j'ai rencontrés jusqu'à ce jour, elles sont heureuses de vivre et ont toujours le sourire, malgré la pauvreté. J’ai plaisir à discuter avec elles…

Notre prochaine escale : une maison de pêcheur, celle de l'oncle de Méo. Dès ma descente de moto, toute la famille s'approche et m'invite à la rejoindre sur la maison en pilotis. Une jeune fille est en train de manger de petites crevettes pêchées du jour. Elle me tend son assiette et me demande de goûter. À l’autre bout du radeau, le père me fait de grands signes m'invitant à venir observer comment il nourrit les poissons. Je reste un moment en leur compagnie, puis, chacun reprend ses occupations. Pendant ce temps, Méo est en pleine discussion avec son oncle, je suppose de boulot, vu la mine assez sérieuse…. Nous prenons congés pour continuer notre balade à travers la jungle.

Il est 15:00 lorsque Méo m'annonce qu'il doit rendre la moto et qu'il doit rentrer se préparer pour son travail de ce soir. Il me propose de me ramener à Songkhla avec sa voiture. Je patiente tranquillement à côté de maison en bois attenant l'arrêt de bus lorsque je vois sortir une vieille coccinelle blanche, un peu branlante, des années 60. Je monte à bord tout en tenant fermement la porte qui a tendance à s’ouvrir toute seule. Nous franchissons le pont, à mi-chemin, il se rend compte qu'il a oublié quelques choses, il me dépose chez Paula en espérant pouvoir me rechercher ensuite pour me montrer son bateau.


Les gardes de Île de Koyo

15:30, je rejoins la plage au bout de la jetée pour me baigner à l'abri des regards derrière Samila Beach, la légendaire sirène. L'eau est délicieuse, je peux enfin m'allonger sur la plage et profiter tout simplement de la mer. Au bout de quelques minutes, je lève la tête et vois deux jeunes femmes aux visages voilés, vêtues d'un sari en train de me prendre en photos (des paparazzi ???). Comme je les regarde, elles se mettent à rire et me demandent si elles peuvent encore me prendre en photos car c'est intéressant, disent-elles !!!! (Les femmes Thaïlandaises ne se mettent jamais en maillot de bains, aussi je suis l'attraction du jour).

De retour à mon hôtel, je suis abordée par Ralph, un Allemand. Il a l'air d'un joyeux luron malgré un âge certain, il est accompagné deux jeunes femmes et deux jeunes hommes entre 25 et 30 ans, d'origine thaïlandaise. Il m'invite à me joindre à leur table pour boire une bière en leur compagnie. Après présentation, la conversation s'arrête sur leur activité, ils sont musiciens dans un bar de nuit de la ville, leur style de musique c’est le Folk Song Thaï. Une jeune fille française, rentre à son tour dans le resto de l’hôtel, aussitôt elle est invitée à se joindre à notre équipe... L'ambiance est plutôt sympathique. Jenny, 29 ans, voyage seule également, elle ne fait que l'Asie…

Un peu plus tard les deux jeunes femmes Thaïlandaises nous laissent ; nous nous retrouvons à cinq avec deux mobylettes pour rejoindre le bar de nuit. Nous montons chacune à l'arrière d'une mobylette et comme nous sommes cinq ; Ralph, 70 ans, 1,90m, 120 kg (minimum) s'installe derrière moi. Nous traversons toute la ville (sans casque, bien entendu), nous glissant dans la circulation, nous faufilant entre les voitures et les motos. Ici, être à trois, quatre, voir cinq sur une moto, c'est très courant et cela n'étonne personne.

Arrivés au pub, nous avons droit à un mini-concert juste pour Ralph, Jenny et moi-même. Au bout d'une heure, Ralph a envie de changer de crémerie, il appelle un tuc-tuc qui nous emmène dans un autre bar de nuit où un orchestre joue du jazz. Ici, il y a un peu plus de monde. La soirée se poursuit dans une très bonne ambiance. Ralph a très envie de continuer à faire la fête dans une discothèque. Jenny et moi, nous sommes d'accord pour rentrer gentiment à l'hôtel, car trois bières de 75 centilitres commencent à être pas mal, pour un début de soirée…


Un des plus beaux Temples de Thaïlande

Mardi 25 février 2003 : Sur la route de SINGAPOUR

Petit-déjeuner en compagnie de Jenny, une heure d'internet avant de partir en cyclo-pousse et prendre le bus public pour Hat Yai. Très rapidement, nous nous retrouvons à deux sur chaque siège dans le bus. Collé contre moi, un homme d'une cinquantaine d'années, Thaïlandais, très sympa, gai et qui engage la conversation avec ces mêmes questions : Où allez-vous ? De quelle nationalité êtes-vous ? Vous êtes seule ? Êtes-vous mariée ? Pourquoi ? Avez-vous des enfants ? combien ?… Il y a combien de temps que vous êtes en Thaïlande ? etc, etc, etc… Au bout de quelques minutes, le contact est établi et nous commençons à plaisanter ensemble. Au moment de régler ma place dans le bus, il sort son argent et insiste pour payer à ma place. Surprise, je refuse ; il insiste et me rassure : c'est simplement pour le plaisir ! J'accepte, gênée. Un arrêt plus loin, il descend du bus, me laissant poursuivre ma route. Sur le trottoir, il reste le bras levé en guise d'au revoir…
Ne connaissant pas la ville, je descends à la station terminale des bus de Hat Hai.

Pour rejoindre la gare, récupérer mon troisième sac et prendre éventuellement le train pour Singapour, j'utilise les services d'un moto-taxi. En sandwich entre mon gros sac à dos sur les épaules, le petit contre ma poitrine, nous zigzaguons entre les voitures et les camions pour rejoindre la gare ferroviaire. Le prochain départ pour Singapour est bondé, je ne pourrai partir que demain matin et pas avant 10:30. Cela ne m'arrange pas vraiment, d'autant plus qu'il ne va pas jusqu'à Singapour directement, il y a un changement en cours de route. Je laisse tomber le train et choisis le bus VIP, un peu plus cher, mais plus rapide et direct.

Je récupère mon autre gros sac à la consigne, monte sur un autre moto-taxi, mon gros sac à dos sur les épaules, le petit sur ma poitrine et mon troisième sac coincé entre le guidon et les genoux de mon chauffeur. Nous retraversons la ville dans l'autre sens pour nous retrouver au point de rendez-vous du bus. Nous arrivons de justesse, le car est déjà plein. Dans le bus des Thaïlandais, des Hindous, trois Australiens et moi-même.


Le plus grand des Bouddhas

Le voyage va durer plus de 9 heures.
Premier arrêt, au bout de deux heures, pose pipi plus casse-croûte.
Deuxième arrêt, trois heures plus tard, passage de la frontière de Malaysia. Nous descendons du bus, récupérons tous nos bagages pour passer le poste-frontière à pied. Une fois tous les contrôles effectués, nous rejoignons le bus qui nous attend de l'autre côté de la barrière.
Troisième arrêt, une heure plus tard, sur l'aire d'autoroute, pose pipi + dîner. Je suis obligée de faire changer de l'argent en monnaie du pays car nous avons une heure devant nous avant de repartir.

Ici, les autochtones ne sont apparemment que de religion musulmane, les hommes vêtus de blanc coiffé de la chéchia blanche, les femmes portant le voile. L'aire d'autoroute est "nickel", pas un papier, pas un sac-nylon et le gazon est parfaitement entretenu. Je vais en profiter pour découvrir les spécialités du pays. Je dîne en compagnie d'un Japonais et d'un Singapourien d'origine Hindou. L'un parle quelques mots de français, l'autre l'anglais uniquement. Ils sont surpris de voir une femme voyager seule.

Quatrième arrêt, deux heures plus tard, passage de la frontière Singapourienne. Tout le monde descend…etc, etc…. Cinquième arrêt, pour changer la monnaie malaisienne en dollars singapourien. Il est 22 heures, lorsque nous arrivons au bus terminal de Singapour. La station est immense, tout en étage. Pour accéder aux autres bus, il faut descendre d'un niveau ; pour les taxis, il faut monter d'un niveau. Vu l'heure tardive, je prends un taxi étant très loin du centre ville et n'ayant ni plan, ni guide de Singapour. Coiffé de son turban, mon chauffeur n'est pas très causant, il me fait juste un signe pour me demander d'attacher ma ceinture. En général, je n'ai déjà pas très confiance en les chauffeurs de taxi aussi, j'ai les yeux fixés sur le compteur… et les dollars défilent à vive allure... Au bout d'une dizaine de kilomètres, le taxi s'arrête enfin devant un hôtel qui ne ressemble pas du tout à une auberge de jeunesse…. Je suis pressée d'aller me coucher, tant pis : 95 dollars SG la nuit et treize dollars SG le taxi.
Bienvenue sur l'Île de Singapour !


Sur la route de Singapour